J’ai vu L’esprit à l’oeuvre

IDA

Le Seigneur Dieu a mis sur notre route une personne aussi précieuse qu’inattendue ‘Ida Rochon’, un merveilleux cadeau, un beau bouquet de ‘lis et de violettes’.  Avec elle c’est le summum des cadeaux du Saint-Esprit.  Ce que j’écris aujourd’hui, je l’ignorais alors et je l’ai appris peu à peu.  Oui, j’ai vu l’Esprit à l’œuvre.
 Nos communautés respectives avaient contribué à notre installation et j’avais l’intuition que nous aurions un cadeau pour Noël.  Il fallait un don de 5 000 $ pour finir le plancher du sous-sol et organiser nos ateliers de travail, la bibliothèque, le métier à tisser, le fil et d’autres articles. Nous prévoyons aussi une grande salle de réception.  Dans ma conviction, je le disais à qui voulait m’entendre.  Chaque jour, les frères disaient : « Tu n’as pas encore ton cadeau de Noël » et je répondais : « Ce n’est pas encore Noël ».  
Le 24 décembre, il y avait des confessions à l’Église, Jacqueline était absente, notre frère Lionel était venu m’aider à placer les articles reçus et apportés la veille du monastère de Salaberry-de-Valleyfield. 
Nos frères franciscains étaient présents à l’église pour les confessions la veille de Noël.  Ida demanda à l’un d’eux, d’où venait la clarisse qui commençait le nouveau projet.  Le journal diocésain avait déjà annoncé une nouvelle Maison de prière animée par deux religieuses, une sœur Clarisse et une sœur de la Miséricorde. 
Ida apprenait aujourd’hui que je venais de Salaberry-de-Valleyfield et que j’étais là; elle veut me rencontrer.  Je l’accueille et elle me raconte son histoire en manifestant le désir de se joindre à nous.  Durant sa jeunesse, elle avait fait des démarches auprès du monastère de Salaberry-de-Valleyfield et elle avait été acceptée comme religieuse.  Son père boucher a eu un gros accident de travail ce qui a retardé son entrée au monastère.  Lorsqu’elle fut libre elle se présenta à nouveau et fut refusée pour une question d’âge.  Elle m’a fait voir sa lettre de refus et j’ai reconnu l’écriture de l’abbesse du temps.  Elle avait continué sa vie de prière en travaillant dans une communauté religieuse, les Sœurs Augustines de St-Jérôme.  Cet événement dans sa vie motivait son désir de se joindre à nous.  Après un discernement entre Gilles, Jacqueline et moi, nous acceptons qu’Ida se joigne à nous le 1er avril 1977.  Elle voulait aussi nous aider financièrement et elle nous offre un don de 5 000 $, réalisant ainsi mon intuition d’un don avant Noël.  En acceptant sa demande, j’ai voulu que ce soit un prêt sans intérêt pour que nous soyons libres envers elle, et elle envers nous.  Elle y consentit, mais en réalité après la vente de sa maison, elle nous a prêté 10 000 $, l’équivalent du don de nos communautés respectives.  J’ai vu l’Esprit à l’œuvre.  
Lors d’une rencontre avec Gilles, Lucette fait part de son entretien avec Ida et son désir de faire un nouveau prêt à La Source, voire un don.  Les papiers seront signés devant le notaire Simon Valois que nous appelons notre père temporel, car il ne se fait jamais payer pour toutes les consultations que nous avons avec lui.  Si Ida décède d’ici deux ans la somme est laissée à La Source, sinon on verra.  Ida précise pour sa part que cette somme est donnée à La Source, un beau cadeau de la Providence.  Elle nous dit qu’on lui a offert d’aller vivre dans la communauté des Sœurs Augustines de Saint-Joseph où est décédée sa sœur.  Elle trouve plus intéressant de venir vivre ici, car elle se sent interpellée par le projet La Source à cause d’une intuition et d’un songe qu’elle a eu dans le passé. « Elle croit y percevoir un signe de l’Esprit » qui la veut ici pour participer à ce nouveau lieu.  Ceci est dit sans prétention, elle est très humble, très simple et très spirituelle.  Quel beau cadeau aussi que sa présence parmi nous!
Quand Ida est venue faire un séjour en janvier 1977, nous avions fait un discernement quant à son âge et nous avons accepté de l’accueillir pour un temps d’apprivoisement qui en réalité fut très court.  Elle s’est senti chez-elle immédiatement et ses participations à nos prières furent constantes.  Elle se disait très heureuse de vivre avec nous.  
Voici les questions que nous nous posons face à Ida Rochon : Qu’avons-nous à lui apporter à court terme?  Prière, silence, sécurité!  Qu’avons-nous à lui apporter à long terme?  Genre de consécration, participation fraternelle, participation à un réseau?  Pour nous, que nous apporte-t-elle?  L’élargissement de notre groupe? Son intégration progressive?  Peut-être une question économique?  
Le jeudi 7 avril, nous prenons le repas pascal au sous-sol, près d’une table formée par deux matelas recouverts de deux planches en bois pour construction.  Nous sommes assis sur nos talons et Ida qui vient d’arriver depuis huit jours se tient à genoux tout le temps, quelle femme énergique!  Nous sommes douze et le célébrant est Jacques Nourrissat, prêtre français qui demeure chez les franciscains.  
 L’année 1977 est comme le terreau où s’enracine La Source.  Il nous faudra voir à l’installation du téléphone.  Les ouvriers vont poser d’abord un téléphone rural. C’était impensable pour nous à cause de la nécessité de la discrétion à garder dans nos appels.  Le changement fut accepté, mais nous avons payé par un chèque marqué La Source, ce qui laissait supposer un téléphone commercial.  Le prix du téléphone augmentait exagérément. Nous avons décidé d’annuler ce téléphone pour en mettre un résidentiel au nom d’Ida Rochon.  Elle accepta de nous rendre ce service et ce fut ainsi durant toute sa vie.  La compagnie Bell nous a menacé d’une amende de 200 $ mais ne nous l’ont jamais réclamée.  Enfin nous avons le téléphone le 450-562-3809 mais dorénavant il faudra toujours payer par chèques à la Caisse Populaire pour éviter ce nouveau problème. 

Réjeanne Mitchell

	En juin 1977, Réjeanne Mitchell se joignait à nous pour vivre une expérience comme ermite.  Elle habita à La Source en attendant que les franciscains construisent un ermitage.  Il lui fallut inventer son vécu en entier dans la maison avec une petite chambre à l’écart et une participation aux travaux de l’extérieur : faire du terrassement, installer des tuiles comme trottoir autour de la maison et aider aux jardins, aux heures qu’elle pouvait et voulait consacrer.  Elle venait au souper prendre un repas frugal avec nous.
	Le jour de son arrivée Lucille Ayers nous donna deux magnifiques kanas qui en se multipliant ont semé de la beauté chez-nous.  Le jardin s’est mis en marche avec la collaboration d’amis bénévoles et à la fin de la saison, nous avions un beau jardin potager et floral.  
	Réjeanne a vécu avec nous durant quelques mois, elle avait une expérience de vie monastique.  Elle a demandé à monseigneur Charles Valois pour avoir une consécration des vierges.  Celle-ci eut lieu dans l’intimité le 8 décembre 1977.  Elle m’avait demandé de lui coudre une tunique brune, elle la porterait avec une ceinture noire pour la circonstance.  Ce fut une très belle cérémonie dans l’intimité avec sa seule famille comme témoin et aussi le personnel de La Source.  Cette consécration a inspiré Ida à faire cette même demande à Mgr Valois.
Réjeanne avait trouvé un lieu pour installer l’ermitage et les frères l’ont construit au printemps.  Elle avait installé un système pour récolter son eau : deux grands barils et une toile posée sur une branche. Elle déposait son courrier dans une boîte fixée à un poteau et nous mettions son courrier dans cette boite postale.  Elle avait une scie mécanique pour couper son bois. Elle allait très rarement au marché pour se procurer des aliments.  Une des nôtres Marie-Anne Rousseau cuisinière, lui portait parfois des aliments ou nous les déposions dans sa boîte postale. Réjeanne est demeurée cinq ans avec nous et elle nous a quittées en avril 1982.  
Marie-Anne Rousseau est arrivée à La Source le 14 octobre 1979 elle est repartie en avril 1981, elle était une excellente cuisinière.  Je l’avais connue chez les clarisses avant mon départ pour Lachute.  À la suite de son noviciat elle vint nous rejoindre à La Source.
Avant son départ Réjeanne nous laisse un mot : « Je ne pourrai assez dire combien j’apprécie tout ce que vous faites pour moi, vous, Jacqueline et Marie-Anne depuis que je suis dans cette maison.  Je rends grâce au Seigneur de m’avoir donné des sœurs comme vous ».

Repos, recueillement et recherche de Dieu