J’ai vu L’esprit à l’oeuvre

Chapitre 2 – Le Rêve d’IDA

Ce n’est pas sans inquiétude que je vis le départ de Jacqueline en janvier 1978.  C’est même une grande tristesse bien sentie.  Il est difficile de compter le nombre de fois où mon regard s’est porté vers le chemin attendant ou espérant son retour qui ne viendra pas, mystère des desseins de la Providence qui nous aura réunies pour un cours laps de temps. De cette entente profonde entre nous, devait jaillir La Source.  À la grâce de Dieu. Une grande joie se concrétise à l’horizon la consécration d’Ida le 11 février 1978.  À ce moment sa présence est providentielle et c’est avec elle que La Source continue.  Elle vivait notre vie, accueillait les personnes et les accompagnait avec succès.  Elle était pour moi une grande sœur vigilante ayant un bon discernement spirituel sur notre vie et sur les personnes qui l’approchaient.
Cette Vierge Marie que nous célébrons, ici à Lachute, avait été témoin de son cheminement.  Et Ida portait en son cœur un appel à la vie contemplative.  Les années précédentes, elle venait très souvent prier à La Grotte; presque tous les samedis, tenant compte de la température.  Elle apportait un peu de nourriture et elle passait presque toute la journée à la chapelle ou dans la région boisée où nous vivons présentement.  Aujourd’hui nous appelons cela des jours d’ermitage.  
Le désir de vie religieuse d’Ida lui valut un songe qu’elle aimait nous raconter quand nous lui en faisions la demande.  Le voici : Un jour que le désir était plus fort, toujours dans un rêve, elle cherchait les religieuses sur le lieu de La Grotte, elle demandait aux personnes présentes.  « Avez-vous vu les religieuses? »  On lui répondait « Nous ne les avons pas vues » et finalement, elle entendit au loin une parole disant : « Elles viendront. »  Alors elle s’agenouilla près de son lit et elle pria durant une heure, avec la certitude qu’un jour il y aurait des religieuses sur ce lieu de pèlerinage.  On comprend son intérêt lorsqu’elle apprit la présence de religieuses sur le terrain de La Grotte, en particulier une clarisse.  
Le Seigneur peut appeler à toute heure de la vie, et s’il veut que cela se réalise, il prend les moyens.  Après le départ de Jacqueline dont je raconterai plus loin les étapes, elle deviendra cofondatrice de La Source.  
La consécration d’Ida eut lieu le samedi 11 février à 14 h, en la belle fête des Apparitions de Marie à Lourdes.  La Mère Générale des sœurs de la Miséricorde est présente et Jacqueline revient pour la circonstance.  Après avoir vécu 50 ans de sa vie avec des vœux privés et ayant trouvé belle la célébration de Réjeanne Mitchell le 8 décembre dernier, Ida a le désir de renouveler le don d’elle-même par cette consécration.  Elle en a parlé à l’évêque qui a accepté et a prononcé l’homélie en mentionnant le renouveau de l’antique consécration des vierges apporté par le pape Paul VI en 1970.  Cela nous a valu une belle célébration qui se renouvellera à plusieurs reprises ici et ailleurs.  
Ida était toute rayonnante dans sa belle robe en velours bleu.  Elle portait un grand cierge décoré de petites fleurs jaunes, comme pour un jubilé d’or, et un magnifique bouquet.  Le Père Gilles Bourdeau animait la célébration, Mgr Charles Valois prononça l’homélie.  J’en retiens quelques mots : « Chers amis, pour la deuxième fois en moins de trois mois, nous sommes de retour en ce lieu pour prendre part à un engagement d’une femme libre et fidèle, un engagement total à Dieu, à la suite du Christ.  Le début du psaume 44 monte en nous comme un chant de gloire.  ‘Écoute ma fille, regarde et tends l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père, alors le roi désirera ta beauté.  Il est ton Seigneur, prosterne-toi devant Lui’ ». 
Dans quelques instants, Ida Rochon se prosternera devant son Seigneur Dieu.  Elle lui offrira, comme un fruit mûr, l’œuvre tout entière d’une vie consacrée à Dieu dans le service de ceux qui avaient besoin d’elle, ses parents et son frère malade.  Durant des années elle a vécu les vertus de virginité, de religion et d’abandon à la volonté de Dieu qu’elle veut aujourd’hui prononcer officiellement devant l’évêque et le peuple de Dieu ici rassemblée.  Après avoir accompli son service auprès des images de Dieu que sont les hommes, elle veut le servir directement dans l’oblation et la prière concrétisant ainsi un désir vieux de cinquante ans.  
L’accueil que lui ont proposé les religieuses de La Source lui permettra de vivre au rythme de l’office divin qui marquera les moments de la journée.  Tous les jours de sa vie, elle reprendra le deuxième verset du psaume 44, « Mon cœur a frémi de belles paroles, je dis mon œuvre pour un roi, ma langue est le roseau du scribe agile. »  Suit une dissertation sur l’alliance avec Dieu, la joie de le louer et de vivre pour lui. « Quitte ton pays, ta parenté pour établir ton alliance avec Lui. »
Mlle Lucille Papineau fit la première lecture et Réjeanne Mitchell la deuxième.  Yves Papillon a aussi apporté sa participation à la célébration avec sa guitare.  
Aline Chèvrefils a écrit un article très intéressant qui a été publié dans les journaux locaux, cela donne le sens de ces nouveaux engagements qui ont été les premiers dans l’Église ancienne et remis en vigueur récemment en 1970, par le pape Paul VI.  
Par la présence contemplative d’Ida, Dieu marquait d’un sceau notre vie consacrée contemplative.  Le 11 mars, nous allons à Ste-Dorothée avec Ida et Henri Bergeron o.f.m. pour choisir les meubles qu’elle nous offre avant de vendre sa maison.  Nous acceptons un set de cuisine, deux meubles vaisseliers, des fauteuils, des lampes et divers autres choses très appréciables.  Ida demeure trois jours avec nous, elle fait l’expérience du froid, de la glace, de la pluie et de la boue, mais rien ne l’arrête.  Lors de son départ lundi, je la reconduis chez les frères où elle doit partir avec Henri qui va à son travail.  
Nous étions loin de nous douter à ce moment qu’elle quitterait notre maison deux ans plus tard; mais elle resterait membre de la communauté.  Elle nous parlait souvent de Jeanne Leber la recluse des premiers siècles de notre histoire qui était pour elle un modèle.  Elle rêvait comme elle de plus grande solitude.  Elle le réalisera plus tard avant de revenir à La Source jusqu’à la fin de ses jours. 
 
Consécration Ida - 11 février 1978
 
Bouquet de Consécration - Ida
 

Chez-nous

Le 13 décembre, j’ai une longue conversation avec Jacqueline.  Nous sommes tellement prises par toutes sortes d’organisations que nous ne prenons pas suffisamment le temps de rêver ensemble au projet que nous nous apprêtons à bâtir toutes les deux.
Jeudi 23 décembre, on installe notre arbre de Noël.  Christian Champagne et Denis Coupat ont eu la gentillesse de le couper.  Ce sera ainsi durant plusieurs années où nos frères nous rendront ce service.
Vendredi 24 décembre, Gilles vient célébrer la première messe à La Source.  Que d’émotions, enfin, nous sommes chez-nous et Jésus-Hostie y vient la première semaine de notre arrivée.  Malheureusement, il ne peut être question de le garder pour le moment, il y a trop de brouhaha et pas un coin digne de Lui.
Jeudi 30 décembre, Gilles vient célébrer une deuxième Eucharistie, il reste à déjeuner avec Lou une brésilienne animatrice de la fête des Tentes.  Nous partons vendredi fêter Noël dans nos communautés, Jacqueline à Montréal et Lucette à Salaberry-de-Valleyfield 
Mardi 4 janvier, Jacqueline reçoit des visiteurs qu’elle amène dîner chez les frères.  Je suis de retour avec le reste de mes effets qui sont encore à Salaberry-de-Valleyfield.  Louis Roma o.f.m. qui revient de sa famille de Beauharnois a la bonté de me ramener à Lachute.  Mercredi 5 janvier, je prends la décision de dîner à La Source.  J’ai apporté des choses de Salaberry-de-Valleyfield ‘ta première commande d’épicerie’ m’a dit sœur Gabrielle en me préparant une boîte de victuailles.  Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre sonner à la porte, à l’heure du midi.  Gaëtane Gareau et Angèle Richard du G.M.E, nous font la surprise d’une visite.  Je les invite à dîner, même si je n’ai presque rien : un peu de thon, du maïs, des fruits et des beignes.  Quelle joie de revoir Gaëtane, tellement précieuse dans mon cheminement, et celui de La Source.
 Le 9 janvier, ma famille vient me visiter.  Ils arrivent les bras chargés de cadeaux : lampes, couvre-lits, table, set de vaisselle, coutellerie et divers autres articles.  Nous sommes vraiment comblées.
Mardi 11 janvier, nous avons pour cette année la première grosse tempête de neige.  Nous devions avoir une réunion ce soir avec Gilles, mais il est peu probable que nous aurions pu nous y rendre.  Les chemins ne sont pas ouverts et nous n’avons pas de raquettes ni de téléphone pour communiquer.  Gilles dans sa délicatesse a tout prévu : il arrive vers 15 h, célèbre l’Eucharistie, nous laisse la Sainte Réserve pour communier demain au cas où la tempête continuerait.  Nous disons à Gilles que l’ennemi fait tout son possible pour mettre du bois dans les roues.  Il nous propose une procession avec la Sainte Réserve dans tous les appartements de notre maison et jusqu’aux sorties du premier et deuxième étages.  Nous avons bien confiance que le Seigneur nous protégera toujours.  Ce mardi nous faisons également notre premier jour de désert à La Source.
Le lendemain Isabelle Ayers nous amène sa mère Lucille pour veiller.  C’est la première rencontre avec cette femme qui sera tellement précieuse pour nous.  Je découvre la qualité exceptionnelle de Lucille, à cause de son implication sociale dans la région.  Je lui propose de faire partie de notre conseil d’administration, elle accepte.  L’avenir nous fera voir le bien-fondé de ce choix.
 Paul Laporte vient vernir les meubles que nous avons achetés, ils sont en bois naturel.  Nous cherchons tous les moyens possibles pour économiser. 
Jeudi 10 février, Lionel vient nous donner un cours sur les Pères de l’Église.  Le lendemain Gilles vient célébrer l’Eucharistie, les frères sont présents.  Enfin nous aurons la Sainte Réserve dans notre petite chapelle.  
Jacqueline façonne un tabernacle comme une tente en bois et des tentures cousues représentent une porte sur l’exposition du Saint-Sacrement.  Dieu est avec nous, mais ce n’est encore que temporaire.  Samedi, vingt-deux membres du réseau viennent dîner, chacun et chacune apportent quelque chose que nous déposons sur la table au premier étage.
Pour intensifier notre vie fraternelle, Jacqueline et moi, durant le mois de mars, décidons de nous réserver quelques moments d’échange le matin vers 9h45.  Ce pourrait être l’occasion de reprendre le projet de vie et communiquer notre réflexion.  ‘Vivre et laisser vivre’ est plus important que le projet.  Que ferons-nous de spécial pour le Carême?  Nous avions déjà songé travailler avec Gilles sur le thème de la Bible, nous pourrions voir s’il est toujours disponible, ce qui n’exclut pas une réflexion personnelle. 
Nous précisons le travail de la semaine : préparer la Chapelle, poser les tentures dans deux chambres, transporter les boîtes de livres au sous-sol pour l’accueil de la fin de semaine.  Le 22 février Jacques Nourrissat s’invite à venir faire un partage d’évangile avec nous.
L’accueil prend vie en fin de semaine, Ida arrive pour un 2e séjour à La Source, Marie Coderre pour la fin de semaine et Aline Chèvrefils est de passage.  Une première expérience à l’accueil.  Comme nous n’avons pas d’eau il faut en transporter de chez nos frères.  Nous avons aujourd’hui une messe à la chapelle et cette fois nous gardons la Sainte Réserve.  Quelle joie !
Cette semaine nous avons connu une certaine stabilité au niveau de la prière liturgique.  Nous sentons que les choses se placent peu à peu, nous pouvons utiliser un plus grand nombre d’appartements et nous en profitons.  La visite d’une petite sœur de l’Assomption nous permet de nous situer face à la présence des personnes accueillies.  Gilles nous a déjà fait remarquer que toute la fraternité doit être ouverte, les personnes sont sensibles à la présence du groupe.	
La tâche est au-delà de nos forces et c’est un jour à la fois qu’il faut l’envisager en comptant sur le secours du Seigneur qui est au cœur de cette folle aventure.  Au début de mars Ida passe trois jours avec nous pour nous aider à placer les meubles qu’elle nous a donnés.  À son départ, nous réalisons qu’il y a une inondation dans la cave, la veille l’ouvrier en faisant des travaux extérieurs, avait obstrué le tuyau de canalisation par une pierre.  Heureusement que les tapis n’étaient pas mis en place, ce qui devait se faire la veille, alors les boîtes de livres auraient été descendus.  Je téléphone à Jacqueline qui était à Montréal, lui demandant si nous avons des assurances pour cette avarie.  Son beau-frère agent d’assurance dit ‘non’.  Elle arrive le soir pour m’aider, elle aidera à enlever les portes dont le bas était mouillé à hauteur de 6 pouces. Les cahiers avec des échantillons de tissage furent difficiles à faire sécher, feuille par feuille.  À vrai dire, je suis épuisée, l’inondation a eu raison de mes forces, je dois rester au lit mercredi et jeudi.  

 
Inauguration de La Source

Certaines personnes venaient régulièrement prier à La Grotte, elles étaient surprises de voir surgir une nouvelle maison sur le terrain de La Grotte.  Il fallait une célébration qui expliquerait notre présence et notre implication en ce lieu spirituel.  Elle permettait de faire le lien avec les franciscains et une nouvelle communauté de style monastique surgit à Lachute.
Il fallut une longue démarche avant de préparer le programme de cette journée, car notre vision était très différente.  Jacqueline souhaitait une société de régie ou un franciscain, Maître Simon Valois, une sœur de la Miséricorde, une amie Aline Chèvrefils et peut-être une autre personne au besoin ferait partie de ce comité. Je souhaitais quelque chose de beaucoup plus simples avec trois membres.  J’étais conseillée en cela par Mère Rolande abbesse de Salaberry-de-Valleyfield.  Ce fut accepté ainsi et conseillé par une personne ayant l’expérience des deux formes de comité.  Le plus simple est l’idéal pour un si petit projet.
Le 13 mai nous préparons le programme de la journée pour la fête de l’inauguration de La Source.  Nous voulons très peu d’invitation : nos deux communautés, les animateurs de la Fête des Tentes, les membres du Réseau, quelques parents et amis plus intimes.  Lucette au nom de Jacqueline et Ida présentera le projet au point où nous en sommes.  Dimanche le 29 mai, jour de la Pentecôte, lors d’une très belle journée ensoleillée, il y eut l’inauguration de La Source.  Il s’agissait d’une célébration officielle avec l’explication sur notre présence à Lachute pour l’accueil et le ressourcement spirituel.  Gilles a fait une homélie très appropriée sur un lien de La Source avec un Évangile de Saint-Jean sur la Résurrection.  Jésus apparaît et montre ses blessures à ses disciples.  Nous avons choisi un texte des Actes des Apôtres comme première lecture où l’Esprit dit : ‘Mettez à part Paul et Barnabé pour l’œuvre à laquelle je les ai destinés’, (Ac 13,2)  
Les personnes présentes pouvaient prendre leur repas sur la terrasse, découvrir les lieux et se rendre à la maison pour la bénédiction et la présentation du projet
Au journal diocésain Madeleine Larocque c.n.d. a eu vent de cette journée. Elle se rendit présente et elle nous interrogea sur cet événement.  Nous avions déjà parmi nous Ida Rochon qui voulait vivre en contemplative avec Jacqueline et moi.  Elle publie un article sur cet événement, intitulé : ‘La Source au trois Samaritaines’ un projet de vie contemplative ouvert aux ‘affamés de Dieu.’  
‘Après la célébration liturgique, poursuit-elle, les participants se sont rassemblés pour un repas frugal suivi d’un partage avec les invités et la bénédiction de la maison par le Père Gilles o.f.m.  Sœur Madeleine continue : ‘Pour comprendre le sens de La Source, il faut reprendre quelques points d’interrogation qui ont longtemps mijoté dans la tête de sœur Lucette, écoutons-la : ‘La différence entre le monachisme féminin et masculin’, la fermeture de l’un et l’ouverture de l’autre, la vie des jeunes qui ont aujourd’hui une culture bien différente, un monachisme plus près de l’érémitisme, un peu comme des satellites qui graviteraient autour du monastère.’  En fait un projet qui a fait l’objet d’une étude de près de deux ans.  Sa supérieure l’a bien encouragée, elle lui a dit : ‘sœur Lucette, il faut y aller et tenter l’expérience’. 
 
Conseil de l'U.C.R.C. - Juin 1978
 
Tout en fleurs - 1980 


Dialogue avec Jacqueline

Le malaise de Jacqueline par rapport à cet article fut ma première surprise, Jacqueline percevait La Source autrement.  Son séjour chez les Petites sœurs de Bethléem et son désir de vivre avec les clarisses pour une année m’avait laissé croire que nous étions sur la même longueur d’ondes dans l’expérience et la recherche d’une fraternité nouvelle et contemplative.  L’expérience s’est avérée différente.  Nous entreprenons alors un long dialogue sur notre expérience Jacqueline et moi, avec la présence de Gilles qui le premier m’avait interpellée.  
Nous rencontrons Gilles Bourdeau pour faire une relecture des événements afin de voir clair en tout cela.  Dieu semble nous mener autrement que nous avions prévu : Il faut lui faire confiance.  
À cette rencontre en compagnie de Gilles nous cherchons des moyens de gagner notre vie. Nos opinions diffèrent mais sont complémentaires, et c’est normal nous venons de communautés religieuses très différentes, vie contemplative, vie apostolique, et gagne-pain aussi.  Concernant ce dernier point Jacqueline a tenté l’expérience de travailler dans une famille pour garder des enfants, mais elle n’en était pas satisfaite.  Sa question du gagne-pain n’était pas tout-à-fait réglée.  À mesure que nous avançons, nous poursuivons notre recherche.  Il y a beaucoup à faire : vivre des temps de prière, accueillir les hôtes entretenir la maison et faire la couture.  Gilles fait remarquer le climat de défensive entre nous, voici ce qu’il nous en dit : 
C’est une question de sensibilité qu’il faut voir à travers l’importance accordée à cette semaine d’expérience.  Ça nous remet en question à savoir comment l’une ou l’autre nous profitons de nos expériences.  Il y a de la crainte dans la différence de nos options, versus salaire, crainte dans la sensibilité, crainte dans l’expérience, crainte au niveau financier.  On est saisi par le même élan spirituel, mais comment conjuguer les affectivités et les sensibilités?  Être des positions et non des oppositions si on ne peut pas arriver immédiatement à des compositions.  Le fait de déposer nos craintes, s’exprimer, s’écouter, nous aide.  
Gilles nous rappelle qu’il ne faut pas être sacrifiées à l’autel du projet : 
En définissant des principes, vous définissez des chemins de libération ».  Voyez les thèmes de votre projet de vie : ‘Jésus face à son Père, Jésus avec ses frères, Jésus avec la foule’ ce sont autant d’outils que vous vous donnez. Il ne faut pas se posséder l’une l’autre.  Vous êtes libres.  Il faut veiller à garder l’amour mutuel.  C’est plus important que le projet.

Lucette pose une question sur l’affectivité.  Gilles répond : 
L’affectivité est toute la zone de l’attraction et de la répulsion, vient ensuite les raisons qui les engendrent.  Une communauté vit spontanément d’attraction et de répulsion pour 10% dans l’ensemble du raisonnable il y a 90% d’affectif.  Il faut être capable de motiver les êtres.  Pour entrer dans l’émotivité de l’autre, il faut lui faire de la place en soi c’est gratuit.  Je ne lui dois rien, elle ne me doit rien.  On peut être totalement pris par le projet au point d’oublier l’autre à côté de soi. 

Jacqueline accepte que Lucette anime la fête des Tentes encore cette année.  Je lui en suis très reconnaissante, car cela suppose pour elle un plus grand engagement à l’accueil et à l’entretien de la maison.
Il me fait plaisir de mentionner la fête de Jacqueline. Nous nous sommes réuni quelques sœurs de la Miséricorde, y compris sœur Thérèse Bourque s.m. grande amie de Jacqueline, les franciscains et nous de La Source.  Ce fut une grande fête autour d’un gâteau et de plusieurs cadeaux dans la grande salle. Ce fut une bien belle rencontre inoubliable.  Que de belles choses nous avons vécu ensemble Jacqueline et moi!  
Le 2 février, lors de notre troisième rencontre Jacqueline et moi, nous essayons d’évaluer ce que nous avons vécu affectivement cette semaine.  Jacqueline fait remarquer le bienfait que lui a apporté la dernière réunion, l’importance de l’accord sur le fond.  Il y a un moment pénible, ensuite il y a une détente entre nous, c’est un moment de libération.  En s’expliquant on se retrouve comme au premier temps de notre jeunesse.
Lucette fait remarquer qu’être plus attentive à l’autre d’une façon positive aide beaucoup affectivement. Il y a beaucoup de choses qui prennent du temps à descendre de la tête au cœur, et parfois nous le conscientisons seulement après.  Il y a aussi une question de transparence entre nous en autant que c’est possible.  Ne rester sur aucune ambiguïté en autant que l’on en est consciente, même si nous vivons le même projet, Dieu ne nous demande pas nécessairement la même chose à l’une et à l’autre.  Être attentive au cheminement de l’autre et le respecter.  Gilles fait remarquer : 
Dans un début de fraternité, il y a une part évidente d’ennui.  Apprendre à vivre comme les AA 24 h à la fois.  Il faut savoir accueillir notre arrière-fond émotif.  Quand on l’accueille comme il faut, on peut l’offrir à Dieu dans l’Esprit-Saint.  C’est de l’ordre de l’offrande, du sacrifice et de la solidarité.  Savoir prendre un recul pour maintenir un regard positif, est aussi nécessaire pour maintenir des solidarités.

Le dimanche 19 juin, Ida et Réjeanne se joignent à nous.  Nous avons notre première rencontre à quatre autour du projet de vie.  Gilles vient avec nous, de même que les 3 et 10 juillet : 
La communauté dit-il, est une demeure de Dieu au milieu des hommes avec l’accent monastique que comporte une ascèse de retrait.  Il est intéressant de travailler un peu plus dans le sens de ce que veut dire, retrait, équilibre et loisir.  Qu’est-ce qui nous identifierait à la tradition monastique?  Que pouvons-nous apporter à cette tradition?  Pourquoi Dieu nous demande-t-il d’ouvrir un nouveau sentier?  Jésus qui nous montre ses plaies nous invite à être extrêmement sensibles aux signes permanents de sa Passion.  La miséricorde, la compassion font parties de l’intuition primordiale du projet, des personnes qui souffrent ne vivent pas nécessairement la Passion.  Nous sommes des blessées.  Les personnes qui vivent avec nous voient notre pauvreté, il faut être transparentes, vivre dans la joie et le détachement.  C’est la marque du disciple.  C’est un gros défi d’être regardés par nos sœurs et frères humains.  La tradition comporte une relation privilégiée avec Dieu.

La quatrième rencontre du 8 et 9 octobre est très importante, c’est une sorte de session à quatre avec la présence de Gilles.  Si je m’attarde à écrire ces partages, c’est qu’ils sont vraiment la base de tout notre vécu à La Source.  Chacune s’exprime.  Ida compte sur nous pour l’aider à cheminer, sa participation n’est pas aussi grande qu’elle voudrait à cause de son âge.  Elle désire prendre le repas du soir en solitude, repas frugal, différent des autres.
Jacqueline avoue vivre une période difficile, elle a besoin de prière, de solitude, mais son engagement à La Source la questionne.  Son attente est de voir ce qu’elle peut assumer et comment le vivre.  Elle envisage un travail à temps partiel et à l’extérieur, elle souhaiterait un travail dans un bureau pour l’accueil des personnes.  Elle exprime le désir de prendre le repas du soir dans la solitude quand c’est possible surtout les moments où on est très prise par l’accueil.  Son temps fort de prière est de 5 h du soir jusqu’au moment de l’Eucharistie.  Pour l’office elle souhaite que Lucette continue à nous piloter dans la simplicité et la beauté.  
Réjeanne dit qu’elle vit ici comme une réalisation progressive de son projet d’érémitisme.  Elle dit qu’elle n’a jamais rien vécu d’aussi favorable à ce qu’elle désire et ce qu’elle veut vivre.  Elle reconnaît dans La Source une maison ouverte avec des rythmes irréguliers d’accueil, malgré tout cela le milieu est favorable à l’éclosion de son projet.  
Lucette sent qu’elle vit une étape de transition, une étape d’écoute, elle se dit ouverte au ‘renouveau’ de la vie monastique.  Elle croit beaucoup au vécu et à la sincérité des personnes qui l’entourent.  Les attentes diverses sont comme des paroles de Dieu au cours de l’existence de la communauté.  Elle sent plus que les autres le besoin d’une vie fraternelle avec des sœurs présentes, attentives, ouvertes et en même temps, elle est heureuse des temps forts de solitude.  Elle ne sent pas le besoin de vivre en solitude, son temps fort de prière et d’oraison est surtout le matin de 6 h à 10 h, pourvu qu’entre temps, elle puisse travailler dans un climat de silence.
Quelques suggestions sont faites au sujet de la liturgie, à savoir souligner certaines fêtes pour éviter la monotonie, trouver du temps pour les exercices de chant et préparer l’office durant toute une semaine, chacune son tour.  Réjeanne fera le choix de la deuxième lecture.  Il est aussi convenu que Lionel nous donne des cours de patrologie deux jours par mois.  Nous avons déjà vu et approfondit l’époque de Clément de Rome.
Jacqueline et Lucette suggèrent une journée de désert par semaine et une autre pour l’approfondissement biblique ou spirituel.  Le dimanche soir nous souhaitons souper en commun si possible et participer à des jeux ou expériences en commun.
D’où me vient ce désir de créer une communauté? Je suis une personne très sociable dans un milieu monastique après avoir été engagée dans du travail social?  Une formation en ce sens dans l’Action Catholique, plus précisément la Jeunesse Agricole Catholique.  Si je retourne au temps de ma jeunesse, je n’ai jamais eu peur de m’engager.  Le changement de mentalité d’une génération à l’autre, le moins grand nombre de religieux et religieuses à cause des familles moins nombreuses qu’autrefois laissaient croire que le nombre de religieuses irait en diminuant.
Nous partageons toutes cette opinion et cette recherche.  Personnellement si je retourne encore plus loin dans mon enfance, dès l’âge de quatre ans, je voulais devenir religieuse et il n’y en avait pas dans ma paroisse, maman m’avait amenée voir une cousine et j’avais été frappée par la cornette de cette sœur.  En revenant chez nous, j’ai décidé que je fonderais une communauté plus tard puisqu’il n’y en avait pas dans ma paroisse et quand maman n’était pas là, puisque c’était mon secret, je m’installais devant un miroir pour m’inventer une cornette. Un jour je découvre sur la table de cuisine une revue avec la liste de toutes les communautés religieuses de ce temps.  Alors je me suis dit, je ne fonderai jamais une communauté, il y en a trop.  Mon grand-père avait probablement laissé cette revue sur la table, il espérait que je devienne religieuse.  J’avais complètement oublié ce détail et j’ai bien ri quand je m’en suis souvenue en écrivant ce texte. 
Il ne s’agit pas de fonder une communauté, mais de voir à une organisation de la vie de prière accessible aux laïcs, car très souvent on a cru que la contemplation ou la méditation était la part des moines et des moniales cloîtrées.  Notre vie est plus proche de la vie érémitique que celle des communautés contemplatives.  Aujourd’hui on appelle les groupements religieux associations de fidèles, à cause de la présence des laïcs.  Le Concile a ouvert la porte à cette nouvelle présence des laïques dans le monde religieux.
Au début de janvier, nous avons finalement une dernière réunion entre Jacqueline et moi.  Gilles participant à temps partiel.  Le programme est le suivant : Comment nous situer face au projet La Source, face à soi, face à nos communautés ? Comment poursuivre ensemble face aux personnes qui arrivent ? Prendre le projet point par point si nécessaire.  Quant à nous, c’est ce que nous avions dans le cœur en l’élaborant, ce que nous sentons et désirons aujourd’hui.  
Jacqueline dit où elle en est, l’appel qu’elle ressent toujours d’un projet d’adoration et de miséricorde mais avec une part plus grande d’engagement.  Elle sent le besoin de vivre ce charisme de la Miséricorde à l’intérieur de sa communauté avec les sœurs de la Miséricorde.  Elle souhaite poursuivre sa réflexion avec la communauté des frères, les membres du réseau et parallèlement avec les sœurs de sa communauté.  
Lucette dit qu’elle se sent à l’aise dans le projet ici et que les événements semblent s’orienter dans la ligne de l’intuition première au sujet des jeunes et à la possibilité d’un pluralisme à l’intérieur de la communauté.  Elle voit aussi l’opportunité d’un projet semblable en milieu urbain.  Elle croit aussi au questionnement qu’apporte notre expérience pour les clarisses et les moniales.
Quant au deuxième point, comment poursuivre ensemble dans le respect des personnes?  Nous ne pouvons pas l’envisager maintenant tant est fort l’impact des émotions et obscure la suite des événements. De fait, Jacqueline a quitté La Source deux semaines plus tard. Faute de pouvoir planifier, on essaie de composer avec les événements, puisqu’il faut vivre jusqu’en octobre, responsables du même projet.
Gilles nous rejoint à 16 h 30, après avoir entendu la version de chacune, il dit voir trois choses : 
1- la décision de Jacqueline produira un impact à long terme, sur elle et sur Lucette.  Il faudra porter une grande attention à ce que nous vivons, car ce n’est pas facile de partager et mûrir en cela.  C’est un défi pour chacune et pour lui-même.  Il y aura beaucoup de conséquences dans notre vie à La Source.  Il faut faire attention à l’agressivité en tout cela, être attentive à ce qu’on vit, il y a un danger de croire à une trahison de la part de Jacqueline.  Il faut porter cela ensemble dans la charité.	
2- Il faut mettre la priorité dans l’organisation du noyau communautaire, on peut aller chercher des membres, être bien vigilante sur le noyau communautaire et voir comment renouveler le noyau.  
3- On s’est engagée dans une aventure. Gilles parle au nom des Frères : « C’est un apprentissage de vivre de communauté à communauté, vous nous conditionnez et on vous conditionne les sœurs, les frères, les frères et les sœurs.  Je n’envisage pas de partir d’ici quatre ans parce que je suis solidaire. »
Au début d’avril, nous avons une réunion avec les frères, Jacqueline, Marcelle et moi.  Chacune a son projet qu’elle s’apprête à formuler aux membres du réseau, puisque Jacqueline retourne à sa communauté pour organiser un lieu de prière et Marcelle pense retourner dans sa communauté pour organiser elle aussi un lieu de prière.  Alors il serait logique que je fasse la même chose.  Laurent me suggère d’aller chercher des clarisses mais ça veut dire ignorer la clôture papale et pourtant la vie à La source est différente de celle des clarisses.
Je vis alors une expérience spirituelle très forte.  Une nuit sans sommeil, je me suis rendue à la chapelle et là, j’ai prié longuement une heure, deux heures, allongée sur le tapis, prostrée, je ne comprenais pas et les frères qui me proposent d’aller chercher des clarisses.  J’avais l’impression d’un avortement, comme si on voulait arrêter le processus de croissance et faire naître autre chose.  Je portais cette pensée avec douleur et je priais pour les femmes enceintes qui doivent subir un avortement contre leur gré.  Je me disais si c’est la volonté de Dieu, je veux bien l’accepter, mais Dieu est contre les avortements.  Après un certain temps, j’ai eu l’intuition d’ouvrir la Bible et j’ai trouvé le passage suivant dans le prophète Isaïe : « ‘Ouvrirais le sein pour ne pas faire naître, et moi qui fais naître pourquoi le fermerais-je’, dit ton Dieu. » (Is 66,9) Je me suis sentie remplie de paix par cette parole comme si la pensée de Dieu était qu’il n’y ait pas d’avortement et que le projet continu comme il avait commencé.  Je continuai à lire « ne crains pas, je suis avec toi, ne guette pas anxieusement, car je suis ton Dieu mon amour pour toi, ne s’en ira pas et mon alliance de paix avec toi ne sera pas ébranlée » (Is 54,20).  Une grande paix m’envahit, j’attendrai les événements.  
Nous avons vécu une année ensemble Jacqueline et moi dans la paix, la prière, et surtout le discernement avec la présence de Gilles.  Après quelques mois, Jacqueline sentit que son appel pour les mères célibataires ne lui laissait aucun repos.  Cela méritait la plus grande attention et beaucoup de respect.  La place de l’Esprit-Saint dans notre vie et la profondeur de son appel nous guident dans nos projets.  Nous avons vécu cela au jour le jour au centre de notre cheminement aidées par Gilles Bourdeau o.f.m.  Nous avons vu qu’il faudrait laisser partir Jacqueline, en fidélité à elle-même. La plus grande épreuve fut son départ, elle était tellement précieuse pour La Source.  Peu à peu son appel pour le secours des mères célibataires se fit intense, lui signifiant que son expérience à La Source prenait fin et lui permettrait de reprendre vie et activité au milieu de ses Sœurs de la Miséricorde.  Cet événement dans la vie de Jacqueline, s’est répété souvent chez d’autres personnes.  Après un long temps de retraite et de repos, l’appel initial revient, car on porte en soi les éléments nécessaires pour le réaliser.  Oui, j’ai vu l’Esprit à l’œuvre.
Lors de son séjour à La Source, Jacqueline allait dans sa communauté toutes les fins de semaine, un jour elle me téléphone et elle me dit, je n’ai pas pu retourner à La Source.  Je lui dis, « attends-moi, j’irai te rencontrer ».  J’y suis allée à deux reprises pour me rendre compte de l’authenticité de son appel antérieur renforcé par les temps de recueillement à La Source. Ainsi J’ai vu l’Esprit à l’œuvre.  
Je me rends à Montréal chez les sœurs de la Miséricorde pour faire une mise au point du projet dans son ensemble, ce que Jacqueline vit et l’impact de son départ de La Source.  Pour elle, tout est de plus en plus clair, son expérience lui a permis de bien vérifier son désir et son appel.  Elle désire vivre ce projet de prière, d’adoration et de contemplation, mais à l’intérieur de sa communauté et un engagement précis dans la ligne de la miséricorde.  Elle en a parlé au conseil général de sa communauté et elle souhaite que les membres du Conseil rencontrent Gilles à ce sujet, car elle croit à une insertion à l’intérieur du Réseau, intuition de Gilles ou village contemplatif.  
Jacqueline s’intéresse à La Source et elle souhaite que le projet continue, elle avait même fait des démarches auprès d’une communauté pour accueillir une sœur nouvelle, sœur Noëlla Paradis, s.s.c.  Elle trouverait important qu’il se fasse une réunion de consultation auprès des personnes, tels Aline Chèvrefils, le notaire Valois, les frères de La Grotte, Pierrette Bélanger, Christian Champagne et autres afin d’avoir leur opinion sur leurs attentes de La Source.  Elle croit aussi s’occuper à temps partiel de la tenue des livres.
Lucette s’exprime peu, elle écoute, elle observe ce qui se vit présentement sans bruit avec Ida, Réjeanne et Marcelle.  Elle est prête à s’engager à fond dans la ligne de ce qui a été projeté en 1976.  La difficulté pour Jacqueline est de ne pouvoir vivre l’expérience contemplative telle que nous l’avions conçue et de continuer à se sentir responsable de La Source tout en portant très fort son appel à la vie apostolique. 
 Les semaines suivantes seront fécondes en réflexion de toutes sortes.  Nous sommes tous et toutes à l’écoute du Seigneur qui nous trace la voie.  Le départ de Jacqueline après une année à La Source n’a pas altéré notre amour fraternel et Jacqueline demeure une pierre d’assise de La Source.  Cette expérience demeure un des fruits du passage de l’Esprit dans notre vie à La Source.  Ça se renouvellera à plusieurs reprises.  
Le travail ne nous a pas manqué et les bienfaiteurs non plus.  Nous avions commencé notre projet dans la simplicité, la pauvreté et la confiance absolue en la Providence.  Je pense que nous pouvons dire, Mission accomplie.  Nous sommes en marche.
 

Notre Amie Gaëtane

Le 16 février, nous avons un rendez-vous avec Gaëtane, elle vient de voir son médecin, il lui a appris le réveil de son cancer et lui propose une chimio thérapie.  Elle est extraordinaire, elle parle de cela avec sang-froid comme si de rien n’était.  Elle nous donne de mauvaises nouvelles de Marcel, son frère prêtre, qui a fait une grosse crise cardiaque cette semaine.  La rencontre avec Gaëtane est très intéressante, elle nous donne de judicieux conseils.  Nous avons un gros défi à relever, notre vision, notre implication, il faut mettre toutes les chances de notre côté.  Elle communiquera avec nous quand elle pourra nous recevoir.
Gaëtane voit que nous nous interrogeons sur la présence d’Ida Rochon. Une présence qui nous invite à nous questionner sur notre vie actuelle : équilibre spirituel affectif, mental, psychologique, social et économique.  Autour d’une table à l’occasion d’un souper nous échangeons spontanément.  En bonne psychologue Gaëtane nous pose une question apparemment banale : « Pourquoi prenez-vous vos repas en silence? »  Elle donne son avis et s’ouvre au nôtre.  Mais en cela, elle voit notre manière de fonctionner ce qui lui permet divers conseils et remarques précises.  Son expérience de psychologue et de cofondatrice du Groupe Monde Espérance lui fait percevoir beaucoup de choses dans ce que nous vivons.  Elle nous laisse entendre que c’est nous qui portons l’intuition, c’est nous qui devons composer.  Nous avons le dynamisme nécessaire pour le faire, il faut à tout prix agir de façon à éviter un échec.  Faire peu des réunions de programmation, pour le moment, mais y tenir.  S’il le faut, compléter librement chacune pour soi, évaluer à partir de cela et surtout composer.  Bâtir à l’écoute de l’Esprit évitera des échecs, on peut se servir aussi de l’expérience des autres.  Une révision de vie hebdomadaire suffit, il faut effectuer des ruptures par rapport au passé pour vivre et laisser vivre.
Gaëtane poursuit : « Pour Mlle Rochon, il est difficile de prévoir pour elle un schéma de formation.  Elle est sage de vouloir vivre avec vous comme auxiliaire.  Elle pourrait avoir son propre projet et peut-être même à l’intérieur du réseau contemplatif.  En l’acceptant il faut bien définir les zones où elle pourrait se sentir chez-elle.  L’intuition, c’est vous qui la portez, elle serait sans doute mal à l’aise à vos réunions, même si elle peut être consultée sur divers points. »  Gaëtane accepterait de nous accompagner occasionnellement surtout si elle peut nous rendre service.  Une tierce personne est importante à ce moment-ci pour nos évaluations.  Elle considère d’une façon positive la contribution que Gilles apporte.
Le 21 février, nous avons une réunion pour partager nos impressions à la suite de notre conversation avec Gaëtane.  Il en résulte quelques décisions : discerner une semaine à la fois compte tenu de toutes nos activités; poursuivre l’effort des dernières semaines pour la Liturgie, surtout l’office du matin; prévoir un exercice de chant, une lecture et garder beaucoup de souplesse pour l’office du milieu du jour, l’omettre selon les nécessités.
Dimanche 3 septembre, je reçois la visite inattendue de mon amie psychologue Gaëtane Gareau.  Nous déplaçons la question du projet lui-même pour plutôt discuter de mon intégration dans ce projet.  Sans doute j’y mets beaucoup d’énergie à ce moment, mais j’ai une année pour bien voir et me situer correctement.
Elle me parle de leur charte selon la loi des évêques, il s’agit du ‘Groupe Monde Espérance’ auquel j’ai participé.  Elles ont été conseillées en cela par monseigneur Valérien Bélanger, évêque auxiliaire de Montréal.  Trois membres de leur Institut forment le conseil d’administration, elles sont nommées par les autres membres de leur Institut, une personne à l’extérieur peut en faire partie, les biens en cas de dissolution vont à l’évêché.  C’est un conseil très précieux, car il nous faudra l’envisager bientôt en prévision de notre charte possiblement selon la loi des évêques.
J’ai pu revoir Gaëtane occasionnellement à l’Institut de formation ou à La Source, elle s’intéressait tellement à ce que nous faisions.  J’ai pu lui téléphoner quelques jours avant son décès, elle m’invita alors à lui rendre visite, ce ne fut pas possible.  Je suis allée à ses funérailles et son frère Marcel a donné un beau témoignage. « Chère Gaëtane, tu as toujours dit que tu voulais faire une sainte.  Tu as réussi. » 


Chapitre 3 


Statut canonique
 
En 1970, Louise Léger, s.s.c. fut une des premières personnes au Québec à commencer un projet religieux, laïcs : Béthanie.  Elle n’a pas eu à se préoccuper de son statut canonique.  Étant une religieuse, sa communauté avait déjà une charte d’incorporation, ce qui fut différent pour moi.  Les clarisses ont déjà leur charte d’incorporation.  Puisque je devais être relevée de mon vœu de clôture, il a fallu créer une Raison sociale. 
Ce projet de vie contemplative se veut centrer sur l’adoration et la miséricorde selon des rythmes de solitude, de vie fraternelle et d’accueil.  Une compagne se joindrait à moi pour une expérience spirituelle, fraternelle et contemplative.  Nous voulons vivre l’Évangile en imitant la pauvreté et l’obéissance de Jésus dans une vie où tout soit simple et dépouillé, dans une atmosphère de joie et de liberté spirituelle franciscaine.  Nous désirons vivre la communion au mystère pascal de Jésus en climat de ‘désert’ qui est le lieu propre de toute expérience monastique.  Nous souhaitons vivre en ‘retrait’, mais présentes et ouvertes au mystère d’une communion vécue dans l’Esprit-Saint.  Cela suppose un partage de vie avec ceux et celles qui ont faim de Dieu.  Nous croyons que l’amitié et la gratuité peuvent aider des personnes dans leur cheminement spirituel.  Nous voulons surtout rendre accessibles les valeurs contemplatives, aux jeunes de notre époque. 


Clôture Monastique

La démarche pour une sortie de clôture afin de faire l’expérience de ce projet nouveau a commencé à ce moment-là.  Je suis allée rencontrer monseigneur Robert Lebel, pour lui demander l’autorisation de commencer un projet de vie contemplative de style Monastique mais en dehors des normes juridiques de la clôture papale traditionnelle.  Je désire faire une demande pour cinq ans, il a refusé et il m’a dit de demander pour deux ans, on ne vous accordera pas plus me dit-il.
La première réponse de Rome de la part du Père Basil Heiser, o.f.m. cap, Substitut (le 28 octobre 1977) a tout pour me décourager, je vous cite un passage : 
Comme l’écrit la sœur elle-même : (« il n’est pas impossible que cette expérience me conduise à quelque chose de très différent »).  De fait, les éléments qu’elle en indique et son insistance sur la recherche de la nouveauté font déjà entrevoir qu’il s’agit de quelque chose de très différent de la vie religieuse elle-même.  Hélas! Plus d’une fois on prend ses propres initiatives pour une authentique inspiration du St-Esprit.  Mais sans vouloir porter un jugement sur le fond, nous nous trouvons dans l’impossibilité absolue de faire droit à la requête de Sr Sabourin : la nature de ce nouveau genre de vie n’est pas compatible ni avec la vie religieuse ni avec l’appartenance à l’Ordre de Ste-Claire.  Il est non seulement opportun, mais nécessaire que la sœur abandonne complètement la Règle et l’Observance dont elle a fait profession afin de pouvoir poursuivre son ‘expériment’ en pleine liberté et sans être retenue par des obligations qui ne sont plus adaptées au style de vie qu’elle a embrassée.  Ce qui veut dire en d’autres termes, qu’elle demande dispense de ses vœux. 

La réponse arriva le 28 octobre 1977 à Mgr Robert Lebel de Basil Heiser, o.f.m.cap. Substitut.
Malgré son opinion, il accorde une nouvelle année d’exploration.  J’ai compris qu’en ce domaine, ce ne serait pas facile.  « Si le Seigneur bâtit la maison », il réussira.  En attendant, il faut avancer dans l’espérance que tout se réalisera à l’heure de Dieu pour continuer le travail, organiser l’accueil et demander la permission pour prolonger la sortie de clôture.  Tout cela ne peut se réaliser en une seule année, peu importe, le Seigneur est le Dieu de l’impossible.  
Mon choix de vie étant dans la ligne de la vie communautaire, il fallait revoir où j’en étais autant dans mon statut canonique que dans mon expérience.  Je cherche.  Je me questionne : « Est-ce dans la ligne de la vie monastique traditionnelle ou une nouvelle forme de vie qui de pieuse union, deviendrait une association de fidèles? »  Choix pas facile quand on aime les deux, il me fallait vraiment une grâce de discernement.  Pour le moment, il faut défendre ma situation actuelle, en attendant une confirmation quand ce sera l’heure.  
Un an plus tard, le 31 mai 1978, j’écris une lettre personnelle au cardinal Pironio, car l’année obtenue se terminait bientôt.  J’en cite un extrait : 
Dans le texte ‘Venite Seorsum’ publié en octobre 1969, on ne semble pas ignorer le fait que l’Esprit-Saint puisse susciter dans l’Église de nouvelles formes de vie religieuse contemplative. Cette réalité existe en pays de mission, car les fondatrices de ces monastères n’ont pas de tradition pour se rattacher à ces lois.  Elles ont donc la liberté et la possibilité de créer du neuf compte-tenu de l’évolution spirituelle de leur milieu.  On oublie la déchéance spirituelle de certains pays en Occident et l’on maintient des lois établis par la tradition.  Il est presque impossible de créer du neuf en accord avec les représentants de l’autorité la Congrégation des religieux et des instituts séculiers (SCRIS).  Il faudra du temps et il m’apparaît important d’obtenir encore au moins deux années d’expérimentation pour comprendre mieux ce que Dieu attend de nous, mes compagnes et moi.  Des personnes sont intéressées à vivre avec nous, en particulier des jeunes.  Je crois qu’il faut un assez long cheminement avant d’arriver à quelque chose de plus stable.
Je poursuis ainsi ma lettre au cardinal Pironio : 
Si j’ose m’adresser à vous, c’est pour avoir perçu dans vos paroles et vos écrits la présence vivifiante de l’Esprit et votre désir sincère d’aider les religieux à répondre à leur vocation d’apôtre et de témoin.  Les personnes qui vivent la vie contemplative avec moi, ne pourraient pas la vivre dans un monastère traditionnel et je crois qu’elles vivent quelque chose de sérieux.  C’est donc en toute confiance que je vous adresse cette requête comme représentant officiel de la vie consacrée.
 Au cardinal Pironio, je mentionnais aussi la profession virginale de Réjeanne, celle d’Ida et le départ d’une compagne ne pouvant vivre la vie contemplative.  Je mentionne aussi les personnes en recherche de vie contemplative.  
Le cardinal Pironio écrit à monseigneur Lebel qu’il serait disposé à reconsidérer ma situation pour permettre une étude complète et objective.  Il serait reconnaissant de recevoir ma demande explicite : l’opinion des deux évêques concernés sur l’expérience en cours, et celle de l’Abbesse du Monastère. 
Mère Rolande écrit : « Je donne mon entière approbation à la demande présentée par sœur Lucette Sabourin en vue de prolonger au moins de deux ans encore l’expérience d’une forme différente de vie contemplative.  Cette prolongation me semble légitime et nécessaire pour une expérience vraiment concluante. »
Mgr Robert Lebel écrit ce qui suit à Monsieur le cardinal Eduardo Pironio : 
Conformément à la demande d’exclaustration approuvée par l’Abbesse, Sœur Rolande Lamarre, je recommande à votre attention le cas de Sœur Lucette Sabourin.  J’ai étudié son projet, j’en ai discuté avec elle : il me semble qu’il répond à un appel de Dieu et qu’il veut combler un besoin qui se fait sentir dans notre Église, surtout chez les jeunes qui se sentent appelés à la vie contemplative.  Sœur Sabourin a l’approbation de son Abbesse et l’accord de ses consœurs.  
J’approuve donc et j’appuie sa demande que l’expérience en cours soit prolongée de deux autres années, pour pouvoir tirer des conclusions valables.  Avec l’assurance de mes sentiments les meilleurs en Notre-Seigneur et mes remerciements.  Robert Lebel, évêque de Salaberry-de-Valleyfield.

Le 2 février 1978, Mgr Augustin Mayer de la SCRIS écrit à Mgr Robert Lebel : 
Il serait préférable qu’après avoir sollicitée de votre part l’érection d’une Pieuse Union (départ de la vie religieuse) dans le cas où les compagnes qui partagent sa vie le souhaiteraient.  Afin de lui permettre de réfléchir sur ces éventualités, ce Dicastère (curie romaine) concède à sœur Sabourin par la présente une prolongation d’exclaustration jusqu’au 1er juin 1979; après cette date, il lui faudra prendre une décision définitive.
Le 13 décembre 1978, en la fête de sainte Lucie, j’écris à monseigneur Lebel lui donnant les deux raisons principales qui ont motivé l’expérience actuelle.  Elles sont les suivantes : un appel intérieur, personnel et accompagné qui s’inscrit dans la ligne de mon être : mon identité, ce que je suis, mon cheminement intérieur et ensuite ma perception très vive de besoins particuliers pour notre temps.  
Je prends un rendez-vous avec monseigneur Charles Valois et je suis émue.  Il me voit un peu bouleversée et il accepte que je renouvelle mes vœux ici à La Source le 18juin 1979, ce qui a fait dire à Laurent Boisvert o.f.m. qu’ils ne sont pas valables, car je suis encore liée au monastère de Salaberry-de-Valleyfield.  Le moment fixé est bien le 1er juin 1979.  
Le 1er juin, j’écris à Mgr Lebel pour faire le passage qu’oblige la SCRIS. Je demande donc d’être relevée de la clôture papale habituelle aux moniales, pour avoir la liberté pleine et entière de continuer ma vie religieuse ici à La Source des Filles de Claire. À la suggestion de mon évêque monseigneur Valois je dois renouveler mes vœux à Lachute.  Je ne demande pas la consécration des vierges, car selon Gilles Bourdeau, o.f.m., mon accompagnateur, ce serait un acte d’imprudence pastorale.  Je suis religieuse, je vis à Lachute depuis 3 ans.  Comment expliquer aux gens ces subtilités canoniques?
Je fais mienne la parole de Sainte Claire répondant au pape Grégoire IX qui voulait la dispenser de son vœu de pauvreté : « Très Saint père, jamais je ne désirerai qu’on me tienne quitte du bonheur de suivre le Christ ».
Cette lettre et l’appui des évêques m’obtiendront une autre année même si les conseils donnés n’étaient pas applicables.  Il faudra un recours en haut-lieu à l’Ordre des Frères Mineurs, car les Clarisses sont sous leur protectorat.

 

Nouveaux engagements

Mes nouveaux engagements furent prononcés à La Source, le 18 juin 1979, à l’intérieur de l’Eucharistie en présence de Mgr Charles Valois.  Plusieurs personnes m’accompagnent dans cette démarche : les frères, Gilles Bourdeau, Lionel Chagnon et Ralph Fernandez, o.f.m., Thérèse Jasmin, c.s.c., Alice Major, s.p., Emoke de Galocy, o.m.i., Ida Rochon, Réjeanne Mitchell, Michelle Lefebvre, Pia Riedemann, Mme Lucille Ayers, et deux postulants franciscains, Marcel Émond, et François Marchand.   
Monseigneur pose la question : « Que demandez-vous? »
Lucette répond : « Monseigneur, je vous demande la faveur de continuer à vivre la vie contemplative dans votre diocèse selon l’esprit de la règle de Sainte-Claire et dans la ligne du projet La Source. »
Monseigneur : « Je vous l’accorde. »
Voici mon engagement : 
Moi, sœur Lucette, je fais vœu et promets à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie, au bienheureux François, à la bienheureuse Claire et à tous les saints et à vous monseigneur, pour tout le temps de ma vie d’observer le Saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ dans l’esprit de la règle de Sainte-Claire, en vivant dans l’obéissance, sans propriété, dans la chasteté, en consacrant ma vie à l’adoration et la louange.
Les participants répondent : « Nous rendons grâce à Dieu. »
À la suite de mon engagement, mon âme est dans une très grande paix.  Le nouveau droit canonique sera publié en 1983, alors des gestes de ce genre éclaireront et prendront leur place dans les lois canoniques de l’Église.  En ce moment nous le vivons dans la foi et personne dans l’Église ne sait encore où cela nous conduira.  Est-ce vers de nouvelles formes de communauté et de consécration?  Oui, c’est l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles. 
Le 15 août monseigneur Robert Lebel répond aux exigences de Rome, sa lettre s’adresse à Mgr Augustin Mayer :
Excellence, 
La présente est à l’effet de demander pour Lucette Sabourin, Clarisse de Salaberry-de-Valleyfield, dispense de ses obligations envers son monastère de Salaberry-de-Valleyfield.  Sœur Sabourin entend continuer à vivre ses vœux religieux dans la forme de vie contemplative qu’elle a choisie, en accord avec sa supérieure, l’évêque du lieu où se fera cette nouvelle implantation et moi-même.
À mon avis, ce que cette moniale veut vivre et a réellement vécu dans son expérience de deux ans est vraiment la vie contemplative dans l’esprit de l’Ordre des Clarisses.  En cela, je suis d’accord avec la Supérieure de sœur Lucette et l’évêque de St-Jérôme.  
	Je comprends mal ce que je lis dans votre lettre du 2 février dernier (n.11383-76) ‘Dans ces conditions, l’appartenance à l’Ordre se présenterait uniquement comme formalité extérieure’.  
J’ai hâte qu’on ait monnayé dans toutes les contraintes de la pratique les façons d’encourager d’une façon prudente le ‘renouveau de la vie religieuse’ et de ‘promouvoir avec un soin spécial les diverses initiatives en vue de l’enracinement de la vie contemplative, compte tenu du rôle spécial qu’elle assume dans la vie de l’Église’.  J’admets que tout cela demande du temps des tâtonnements et beaucoup de dialogue avec les personnes impliquées et avec les responsables des Églises particulières où les initiatives prennent corps (no 23b), et qui ont, en union avec le Pontife Romain ‘le ministère de discerner et d’harmoniser ce qui concerne l’abondance des dons spéciaux de l’Esprit (no 6)’.

Réponse de Mgr Augustin Mayer à Mgr Robert Lebel :
Excellence, 
	Votre lettre du 15 août dernier concernant la situation de sœur Lucette Sabourin, du Monastère des Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield a retenu l’attention de la SCRIS.  
	À l’heure actuelle, il semble bien évident que cette religieuse a l’intention de mener une forme de vie différente de celle suivie dans un Monastère des Clarisses.  En conséquence, l’unique solution logique pour elle est de solliciter la dispense de ses vœux.  Elle pourra de la sorte poursuivre le service d’Église qu’elle a choisi : recevoir la ‘consécration des vierges’ sous la direction et la vigilance de Mgr Valois, faire profiter de son expérience d’autres compagnes éventuelles.  Il serait donc opportun de prier sœur Lucette Sabourin de faire parvenir ici une demande explicite de dispense de vœux. 

Cette lettre de la curie romaine marque leur certitude de s’appuyer sur la loi, aucun doute ni incertitude sur le travail de l’Esprit dans l’Église, tout est réglé depuis des siècles.  Nous de la base, voyons éclater de toutes parts des chemins nouveaux dans le monde des laïcs.  Je suis trop attachée à mon engagement à la vie religieuse pour lâcher prise.  Il ne me restait que six mois pour prendre la décision d’opter pleinement pour La Source.  Face à cette décision pénible, je rencontre pour une deuxième fois Gaëtane, mon amie psychologue, car je me sens broyée et je ne vois plus très clair.  Elle m’invite à regarder ce que je vis plutôt que comparer les deux styles de vie.
Mgr Valois écrit au cardinal Pironio le 9 novembre 1979, en voici un extrait : 
Éminence,
Votre congrégation a accordé à sœur Lucette Sabourin une sortie de clôture temporaire. 
Comme l’œuvre à laquelle elle se dévoue actuellement se développe mais n’est pas assez stable pour qu’elle puisse la quitter, et que par ailleurs elle conserve toujours le goût de vivre la vie monastique.  Sœur Lucette aurait souhaité que la sortie de clôture temporaire soit prolongée.  Votre congrégation n’a pas voulu acquiescer à ce dernier désir, et lui a proposé de demander une sortie définitive.  
Après avoir pris conseil auprès de personnes autorisées, j’ai suggéré à Sœur Lucette de demander au délégué pour les moniales, le Père Bernardin Beck, de l’aider à obtenir qu’elle demeure rattachée à l’Ordre des Clarisses, même s’il lui faut se détacher de son monastère qui est celui des Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield.

Je reçois une lettre de Monseigneur Charles Valois datée le 8 novembre et la copie d’une autre envoyée au cardinal Eduardino Pironio : 
Sœur Lucette Sabourin  
Après notre dernière rencontre, j’ai discuté de votre problème avec monsieur René Bernard et Mère Abbesse des Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield, Mère Rolande.  En tenant compte de leurs réactions et de leur avis, j’aimerais vous conseiller d’écrire au délégué pour les Moniales, le Père Bernardin Beck, qui est à la Curie Généralice de Rome.  Vous pourriez demander à ce Père de vous aider à demeurer rattachée à l’Ordre des Clarisses, même s’il vous faut rompre votre attachement à un monastère qui est celui des Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield.  Jean-Paul II disait aux Clarisses du Mexique : ‘Vous devez trouver votre style propre qui, dans une vision contemplative, vous fasse partager avec vos frères le don gratuit de Dieu’.  En conclusion avant de demander une demande d’annulation de vœux, il faut tenter cette dernière chance. 

Il écrit au cardinal Eduardino Pironio : 
Éminence,
J’apprécie beaucoup le travail que fait sœur Lucette dans mon diocèse.  Elle accueille dans une maison située à deux pas d’un monastère de franciscains, les personnes qui veulent passer un certain temps dans la réclusion et la prière.  Mais, pour moi, elle donne deux services importants : elle présente un point de rencontre des personnes consacrées dans le monde (elles sont six dans mon diocèse) et un point de rencontre pour des femmes qui ont vécu durant un certain temps l’expérience de la vie monastique, six ou sept d’entre elles se réunissent avec sœur Lucette, toutes les six ou sept semaines pour prier et faire le point dans leur vie.  
Personnellement, je crois que Sœur Lucette Sabourin continue son œuvre de clarisse d’une façon nouvelle, dans le monde.  Elle a trouvé son style propre qui dans une vision contemplative, lui fait partager, avec ses frères, le don gratuit de Dieu.  Éminence, je vous remercie de l’attention que vous apporterez à cette lettre et je vous prie de croire en ma collaboration en Notre-Seigneur et à l’expression de mes meilleurs sentiments.  
Charles Valois, évêque de Saint-Jérôme.

J’ai toujours cru en mon cœur que jamais le Seigneur ne me demanderait de poser un geste avant que ce ne soit bien clair en moi et en 1978 ce n’était pas encore mûr.  Je priais beaucoup.  J’avais écrit une lettre au cardinal Pironio pour tenter une dernière chance.  Je me suis rendue à l’évêché et monseigneur Charles Valois m’a fait rencontrer monsieur René Bernard qui s’occupe particulièrement de la vie religieuse dans le diocèse. Il est très proche du peuple de Dieu.  Il me fait parler, je le sens intéressé à La Source.  Il me dit une parole que je n’ai jamais oubliée « Le Saint-Esprit est très inventif ».  Monsieur Bernard voit bouger les choses, il est sans doute au courant de certaines communautés nouvelles qui poussent ici et là et pointent à l’horizon.  Il me dit : « Ne mettez pas votre lettre à la poste, je m’en vais à Rome et je la déposerai à la SCRIS. »
Quand monsieur Bernard est arrivé à Rome, le pape Paul VI venait de mourir, donc il n’a pas pu laisser ma lettre au cardinal Pironio qui n’était plus en fonction en attendant l’arrivée du nouveau pape.  En effet lors du décès d’un pape tous les cardinaux sont démis de leur fonction.  À son retour de Rome monseigneur Charles Valois communique avec moi et me dit : « Ne soyez pas inquiète pour votre lettre monseigneur Robert Lebel et moi, allons à Rome pour notre visite ‘ad limina’ à l’automne et nous remettrons votre lettre au cardinal Pironio ou à celui qui le remplacera. »  En arrivant à Rome, à l’automne, le pape Jean-Paul I venait de mourir.  Encore une fois le cardinal Pironio était démis de ses fonctions, les évêques laissèrent quand même la lettre à la curie romaine. 


Lettre au Père Bernardin Beck

Pour obéir à mon évêque, j’écris au Père Bernardin Beck pour lui demander protection et appui en ces heures difficiles que je traverse, en voici quelques extraits :
Vous êtes au courant de la recherche contemplative de nos frères à la fraternité de La Grotte qui sont nos animateurs spirituels.  Vous êtes aussi au courant de la nôtre.  Vous vous souvenez aussi de notre recherche et notre désir de partager notre expérience de prière et de contemplation avec nos frères et sœurs en Jésus-Christ qui en éprouvent le besoin et sentent le même désir. À ce moment de notre recherche, les choses évoluent beaucoup et nous laissent de grands espoirs pour l’avenir.  Les modalités futures se précisent, mais il est difficile de présumer, il faut laisser l’Esprit agir et le temps faire son œuvre.  
Je ne veux pas demander la dispense de mes vœux, car je les vis et j’ai l’intention de continuer à les vivre.  La vie religieuse est pour moi une valeur sacrée, il me semble que l’essence de la consécration est intouchable, même si les modalités varient, ont variées, et doivent encore varier dans l’histoire.  L’expérience que nous vivons ici se situe entre la vie monastique et l’érémitisme.  Il s’agit d’une forme de vie évangélique fraternelle, dépouillée et très simple mais non moins contemplative où un retrait demeure essentiel mais d’une façon moins institutionnalisée.  
La tâche de promouvoir la vie contemplative serait-elle interdite aux moines et aux moniales qui perçoivent un besoin urgent d’incarner dans des modalités nouvelles, un charisme séculaire.  Ce qu’une communauté ne peut faire sans trop bousculer les personnes pourrait-il être possible pour des personnes qui en sentent l’appel, un appel vérifié par un accompagnateur spirituel et dans un discernement communautaire.  Durant les trois années que j’ai vécues ici, il m’a été donné de percevoir tant de besoins nouveaux, tant d’appel à la contemplation qui ne peuvent se vivre dans la clôture traditionnelle.  Tout cela doit-il se vivre en dehors du charisme de François et Claire?  Je ne puis le croire.  Je me sens vraiment clarisse et les modalités extérieures de ma vie n’ont rien changées à ce que je vis en profondeur, sinon de plus grandes lumières sur ma pauvreté.  Cette vie à La Source est pour moi une façon d’approfondir et de vivre l’exigence de ma profession évangélique selon la règle de Sainte Claire.  

Le 25 décembre 1979, Mère Rolande recevait une lettre du Père Bernardin Beck.  
Il est responsable des sœurs clarisses (selon les diverses observances) Moniales Conceptionistes et des Moniales du Tiers-Ordre régulier cloîtrées.  Petit à petit il découvre le monde très varié des 820 monastères répandus sur la surface de la terre.  À travers les lettres, les bulletins, les assistants des Fédérations, il perçoit la vie des monastères avec leur ferveur, leur espérance, leurs limites et leurs difficultés, il assiste à la naissance d’un monastère dans un endroit, à la fermeture d’un autre ailleurs.  Tout cela l’intéresse comme étant une histoire de famille.  Ainsi, écrit-il :
J’ai reçu une longue lettre de sœur Lucette me demandant d’intervenir auprès de la SCRIS.  Aussitôt après les Fêtes, je ferai la démarche avec l’espoir de rencontrer des gens ouverts.  
Concernant les projets nouveaux de la vie contemplative et l’attitude de la SCRIS, je vous livre ma pensée en me plaçant à un niveau plus général, car le fond du problème reste le même.  En revoyant l’attitude de l’Église, en particulier celle de la vie religieuse, je constate très souvent la même réaction de la part d’hommes ou de femmes de l’institution face aux initiatives.  Réaction de crainte (qu’est-ce qui va encore se passer?), de suspicion (encore une fantaisie?), d’agacement (pourquoi déranger l’ordre établie?), de juridisme (ce n’est pas cela le droit).  De temps en temps, heureusement, il se trouve quelqu’un pour dire (Et si cela venait de Dieu?).  Or je crois que l’Esprit-Saint est toujours à l’œuvre dans son Église et dans le monde, suscitant des ‘nouveautés’ afin que la Vie triomphe.  Il est vrai, le discernement n’est pas toujours aisé, mais il est possible, lorsqu’on examine la situation lucidement et à la lumière de l’Évangile.  Dans ce domaine la communauté joue un rôle important ainsi que l’Église locale.  Dans la pratique, je pense que cette initiative ne touche pas à l’essentiel de la vie des clarisses, elle peut être prise sans recourir à Rome, lorsque la communauté est d’accord après avoir bien réfléchi les motivations.  Cela devient quasiment impossible quand il y désaccord dans la communauté, donc il y a un risque de division c’est dans ce cas qu’un ‘mauvais coucheur’ recourt à Rome et envenime la situation.
Habituellement face à une initiative.  J’ai au départ une attitude de bienveillance; j’essaie de réfléchir avec la personne ou le groupe pour sonder les vraies motivations et à l’occasion je me fais gentiment l’avocat du diable pour éprouver la solidité du projet.  Après ce ‘tri’ accompagné de la prière, si c’est sérieux, j’accompagne discrètement et parfois je soutiens.  Cette attitude m’a créé des difficultés de la part des gens raisonnables et prudents, mais comme j’ai peur d’étouffer l’Esprit, je prends des risques, peu confortables je l’avoue.  Je prie le Seigneur de me donner la grâce de ne jamais me révolter, mais d’accepter humblement les remontrances de Rome : cela pour être fidèle à saint François.

 
Barrière Culturelle

Le début de toute cette correspondance avec la curie romaine et les franciscains responsables des clarisses commence avec une lettre de Mère Rolande au Père Henri Peters le 5 décembre 1975.  Il faut savoir que les clarisses n’ont pas de conseil général comme la plupart des grands monastères.  Au début de notre histoire, l’évêque a voulu enlever les frères mineurs de la responsabilité du monastère.  Un moine cistercien est nommé   pour s’occuper des sœurs, leur apporter la nourriture, car elles sont cloîtrées.  Claire refuse en disant : « Si nous ne sommes pas dignes du service de nos frères, nous jeûnerons », alors l’évêque a changé d’opinion.  
Mère Rolande écrit dans sa lettre : 
J’ai fortement l’impression qu’une incroyable barrière culturelle sépare notre vie contemplative dans son style traditionnel de la vie des hommes d’aujourd’hui.  Pourquoi n’accepterions-nous pas de prendre en considération ce décalage douloureux.  Malgré nos efforts courageux depuis le concile surtout, quelle étrange image ne donnons-nous pas à nos contemporains de la vie engagée dans la recherche de Dieu!  Nous apparaissons si peu pour ce que nous sommes en fait : des sœurs fraternelles et joyeuses de cette humanité dont nous sommes.  Il faut passer tant de barrières pour arriver au cœur de cette vie que cela en décourage beaucoup.  Les jeunes hésitent et n’arrivent pas à s’y engager malgré qu’ils soient si fort attirés par les valeurs de solitude et de contemplation vécues en nos monastères.  Je suis convaincue que les appels à la vie contemplative se font entendre aujourd’hui comme toujours….  Les bouleversements de la culture occidentale ne peuvent-ils, en ce moment justifier des prises de position qui amèneraient de profonds changements dans notre façon de vivre et de penser notre vie contemplative.  ‘Étrangères en ce monde’ nous dit Sainte Claire.  Nous le serons toujours en suivant Jésus.  Mais que cela soit vécu simplement et sainement.  Faut-il pour cela épouser les manières d’être et de penser du passé ? Je ne vois pas ce que cela ajouterait à l’authenticité de notre vie.  Est-ce que cela ne lui enlèverait pas plutôt de sa vérité?  Cela atténue considérablement son impact sur la conscience contemporaine.  N’est-elle pas alors sur la bonne voie pour devenir objet de musée plutôt qu’une vie qui interroge et interpelle.  Pour terminer cette trop longue lettre, permettez-moi mon Père de poser quelques questions qui nous intéressent : 
À l’intérieur de l’Ordre de sainte Claire, est-il possible de vivre une forme de vie contemplative adaptée à notre temps? … Devrait-elle se situer en marge de l’Ordre où l’Ordre intégrerait-il une expérience nouvelle, fondée sur les valeurs traditionnelles de la vie contemplative franciscaine sauf, sans doute, quelques formes extérieures et séparation du monde?  
Le Père Peeters répond, voici quelques brides de sa réponse : 
À mon avis c’est possible et mérite d’être tenté.  Je ne cache pas toutefois que l’entreprise est difficile, qu’elle est même périlleuse.  Si l’échec survient, il marque fortement les personnes qui ont tenté l’aventure.  Peu reprennent leur place dans le monastère.  Parmi les conditions de réussite, il faut citer le lien étroit entre la fondation et le monastère.

Le Père Henri Peeters est venu à La Grotte de Lachute et à La Source.  Il m’a dit que j’obtiendrais un soutien si je demandais pour vivre en ermite.  Je lui ai répondu : « impossible de mentir, je ne suis pas ermite ».  Il m’a remis alors quelques revues Pro Monialibus.


Visite Canonique

Le 20 janvier 1980, le Père Laurent Boisvert vient nous visiter, il fait la visite canonique au monastère des Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield et il se rend à La Source, car j’ai encore un lien avec le monastère. Il venait aussi voir ce que je vivais et comment je la vivais.  Première prescription, ‘poser une flèche pour indiquer le tournant’ me dit-il en souriant ce qui lui aurait évité un nez à nez avec un banc de neige.  Il m’a aussi reproché de ne pas avoir demandé la dispense de mes vœux puisqu’on m’avait fixé la date limite le 1er juin 1979.  J’étais donc en retard de dix mois et ceci par obéissance à Mgr Valois.  Il m’invite fortement à recourir au Père Général des franciscains et j’attends la réponse de Rome pour prendre position.  Il insiste et je résiste.  Il me dit que je ne puis continuer.  Je lui réponds que je ne ferais rien avant la réponse du Père Général.  J’avais fait un recours par obéissance et j’irais jusqu’au bout.  Il précise que je n’avais pas le droit d’agir ainsi et de continuer, c’est son avis.  J’avais fait un recours par obéissance et j’irais jusqu’au bout.  Il m’a fait promettre de lui donner ma réponse par téléphone et j’ai promis.
Sur le rapport de la visite canonique à Salaberry-de-Valleyfield, il a souligné que l’appel de Marguerite Rivard clarisse, concernant son appel vers les prisonnières à la prison de Tanguay n’était pas accepté et que dès la réponse de Rome si je ne demandais pas dispense de mes vœux, qu’on me donne un avis d’expulsion.  C’est le rapport de la visite canonique, lui, il travaille selon le droit canon, moi je crois obéir à l’Esprit.  Lorsque j’allais à Salaberry-de-Valleyfield et que je rencontrais Marguerite je l’encourageais à continuer sa démarche.  Elle a eu l’appui de deux frères franciscains, les frères René et Gilles.  Durant son séjour en ermitage elle a bénéficié de l’accompagnement d’un Père Carme.  Je priais avec elle et nous sommes restées très unies.  Proche l’une de l’autre durant notre noviciat, nous le sommes restées sans se voir très souvent à cause de nos vocations différentes, à tendance érémitiques et contemplatives de formation clarisses. Il nous faut constamment rester à l’écoute du Seigneur, c’est une question de fidélité au Seigneur.  
 Effectivement elle s’occupe des prisonnières depuis plus de vingt ans.  L’année dernière en 2017 elle a obtenu une médaille du mérite diocésain pour son dévouement auprès de ses protégées.  Enfin, le Père Visiteur m’a fait promettre de lui donner la réponse par téléphone.  J’ai promis.  Sur le rapport de la visite canonique à Salaberry-de-Valleyfield, il a souligné que le projet de sœur Marguerite Rivard, clarisse, concernant son appel vers les prisonnières à la prison de Tanguay n’était pas accepté et que dès la réponse de Rome si je ne demandais pas dispense de mes vœux, qu’on me donne un avis d’expulsion.  C’est le rapport de la visite canonique, lui il travaille selon le droit canon, moi je crois obéir à l’Esprit.  
J’ai accompagné Marguerite je l’encourageais à continuer sa démarche.  ‘Les sœurs ne l’ont pas cet appel, il faut que ce soit toi qui décides dans la prière et l’accompagnement spirituel.  C’est ta vie et une question de fidélité au Seigneur, si tu as un véritable appel insistant’.  Effectivement elle s’occupe maintenant des prisonnières depuis plus de vingt ans.  L’année dernière en 2017 elle a obtenu une médaille du mérite diocésain, pour son dévouement auprès de ses protégées.
Le 31 mars 1980, mère Rolande reçoit la réponse de Rome donnée à Mgr Charles Valois et dont le Père Beck a pu avoir l’autorisation d’en faire une photocopie.  J’obtiens une autre année d’exclaustration mais il est évident que je ne suis pas obligée d’attendre un an pour prendre ma décision.  La prolongation de l’indult ne me sera plus accordée.  On l’a fait connaître clairement au Père Bernardin Beck et à Mgr Charles Valois 
Le ‘Plenoria’ de la Congrégation pour les religieux, au sujet de la vie contemplative a eu lieu du 4 au 7 mars 1980.  Aucun communiqué n’a été donné jusqu’à maintenant, les décisions suivront.
Voici un extrait de la lettre envoyée à Mgr Charles Valois :
Cette religieuse a une intention louable, celle de répandre le goût de la vie contemplative.  De plus en recherchant les moyens de faire partager son expérience spirituelle à d’autres âmes qui en ressentent le besoin, elle manifeste une bonne volonté qui mérite considération.  
Mais il faut tout de même reconnaître qu’il s’agit là d’une inspiration toute personnelle et qui est totalement étrangère aux engagements d’une Moniale de Monastère de Clarisses en tant que telle.  
D’autre part, il n’est pas possible de délier ses liens juridiques en alliance avec son Monastère en conservant les vœux qu’elle y a fait.  Dans l’Église, en effet, la validité d’une profession religieuse n’est reconnue que si celle-ci est liée inséparablement à un contrat bilatéral avec un institut religieux déterminé.
Dès lors, sœur Lucette peut certes poursuivre la réalisation de son projet personnel, tout en s’inspirant de la spiritualité franciscaine avec une nuance contemplative très marquée, mais pour pouvoir le faire, elle doit nécessairement demander elle-même la dispense de ses vœux de Moniale de Monastère de Clarisses.  Par contre, elle pourra trouver une autre forme de vie consacrée en recevant la consécration des vierges que votre Excellence voudra bien lui donner, en même temps que l’œuvre entreprise sera confiée, par le fait, à votre vigilance responsable.  
Afin de permettre à la sœur de prendre une décision sereine et définitive, l’exclaustration lui est encore accordée pour une année.  Pendant cette période, la dernière, il lui sera loisible d’achever de tester la validité de l’expériment.  En vous remerciant, Excellence de votre précieuse collaboration, je vous prie d’agréer l‘assurance de mon religieux dévouement.    
E, Card, Pironio, pref.

Tel que promis, j’envoie une copie de cette lettre au Père Laurent Boisvert qui me répond le 17 mars 1981 : 
Merci beaucoup de m’avoir envoyé la copie de cette lettre.  Je constate que ta situation se clarifie, que tu réponds de façon nouvelle à un appel unique et fondamental, que tu es heureuse au plus haut point, et que tu es heureuse de vivre ainsi ta vocation clarisse.  Je suis heureux pour toi et avec toi et tu comprendras que ce que tu vis m’intéresse au plus haut point et que je te porte dans ma prière.  
Laurent Boisvert o.f.m.

Il est bien entendu que toute cette histoire est liée à la clôture des moniales, car des religieuses d’autres communautés ont commencé de nouveaux projets sans avoir connu tous ces ennuis.  Je pense en particulier à sœur Louise Léger s.s.c., la première à mettre sur pied un projet appelé ‘Béthanie’ durant l’année 1970 et Claire Dupont s.n.j.m. avec son projet ‘Le Pas’.  Gérard Marier, prêtre séculier, pour ‘Le Désert’.  
Le 23 mars 1981, monseigneur Robert Lebel reçoit cette lettre de la Sacrée Congrégation   Prot, N.11383-76 : 
Très Bienheureux Père, Sœur Lucette Sabourin, professe de vœux solennels au Monastère des Moniales Clarisses dans la ville et le diocèse de Salaberry-de-Valleyfield, de votre sainteté, implore humblement un indult de sécularisation pour qu’il lui soit permis de retourner librement et légitimement dans le siècle, pour raison présentée.  Si le présent rescrit n’est pas accepté par la requérante dans les dix jours depuis la réception de la communication n’aurait aucune force’ donné à Rome, le 23e jour de mars 1981.  
G. Bolduc c.s.v.off.
 

Dispense du Vœu de Clôture

Le 23 mars monseigneur Robert Lebel communique la réponse à Mère Suzanne.  La demande est agréée et sœur Sabourin retournée à l’état séculier pourra poursuivre un autre engagement religieux de son choix.  Robert Lebel.  
Le 8 avril 1981 Mère Suzanne abbesse du monastère de Salaberry-de-Valleyfield me téléphone de me rendre à l’évêché de Salaberry-de-Valleyfield pour signer mes papiers, je lui réponds que je dois aller pour Pâques la semaine prochaine, elle en parlera à Mgr Lebel.  Elle me téléphone à nouveau disant qu’il faut signer dans les dix jours, sinon il faut recommencer toutes les démarches.  Je décide donc de me rendre à Salaberry-de-Valleyfield le dimanche des Rameaux sans faire le lien avec sainte Claire qui a laissé la maison paternelle ce jour-là pour suivre le Christ.
J’irai à Salaberry-de-Valleyfield pour signer les papiers au bureau de l’évêque, Mgr Lebel accepte de me recevoir dimanche avant-midi, Mère Suzanne m’accompagne et elle m’invite à passer la journée en clôture avec mes sœurs.  Elle me laisse mon anneau de profession en me disant : ‘On sait ce que tu vis’; au dîner, elle donne licence de parler.  En causant avec mes sœurs, je réalise que c’est aujourd’hui, le Dimanche des Rameaux.  Jour choisi par notre Mère sainte Claire pour quitter la maison familiale la nuit par la porte dite des morts.  C’est une belle histoire de famille que j’ai la joie de vivre aujourd’hui par la réception de mon anneau de profession qui me laisse au sein de la famille clarisse.  Ce fut une grâce, cette signature obligatoire, précisément le jour choisi par François et Claire le 22 mars 1211, pour le départ de Claire de la maison familiale, durant la nuit, pour se consacrer à Dieu.   Vous imaginez bien que de tout cœur je souscris aux paroles de notre Mère Sainte-Claire répondant au pape Grégoire 1X qui voulait la dispenser de son vœu de pauvreté. ‘Très Saint-Père, jamais je ne désirerai qu’on me tienne quitte du bonheur de suivre le Christ.’  François conduisit alors Claire chez les Bénédictines, lui coupa les cheveux en signe de rupture avec le monde, la revêtit de l’habit de la pauvreté et fait unique dans l’histoire il reçoit sa profession.  Lors de la célébration liturgique la veille alors que Claire était absorbée dans sa prière, l’évêque connaissant la démarche qu’elle s’apprêtait à faire, lui porta, le rameau bénit à son banc, signe de son assentiment.
C’est très spécial dans l’histoire des communautés religieuses le rôle de François dans la vie de Claire et son engagement.  C’est vraiment unique.  Il faut dire que François ne pensait pas fonder une communauté.  Le contexte social de l’époque qui croulait sous la richesse invitait le plus grand nombre de personnes, à s’engager, frères et sœurs pour la pauvreté.  La vie des frères ressemblait aux membres modernes d’institut séculier qui professent leur foi comme laïcs.  
Trois semaines plus tard, François a conduit Claire à l’église Saint-Damien, la petite Église qu’il a réparée en prophétisant que des femmes d’une sainte vie y logeraient pour la gloire de Dieu.  Je quitte aujourd’hui ma vie de moniale pour La Source à Lachute comme Claire a obligatoirement laissée la vie cloîtrée chez les bénédictines à cause des interventions indues de sa famille.  Elle a même vécu la vie cloîtrée obligatoire pour les femmes, même si elle a choisi cette vie avec Dieu.  Celui-ci nous conduit à travers les événements : Charles de Foucault écrit : ‘On ne choisit pas sa vocation, on la reçoit et on doit chercher à la connaître, prêter l’oreille à la voix de Dieu.  C’est très clair pour moi, que je dois vivre ma vie clarisse autrement à cause de la vision que Dieu me donne des besoins nouveaux auxquels je puis répondre faiblement, mais de tout cœur.  J’avais eu bien besoin des cinq années accordées pour accepter une pareille grâce, et la vivre dans sa totalité.  
J’étais heureuse dans le monastère Sainte-Claire de Salaberry-de-Valleyfield sans penser à autre chose pour moi.  Pourtant dans ma pensée et dans ma prière, je portais le désir de voir naître dans l’Église une forme de vie religieuse qui se situerait entre les monastères traditionnels et la forme de vie des Petites sœurs de Jésus.   Quelque chose de retirée mais d’accessible, de sorte que les personnes qui le désireraient puissent partager temporairement une expérience de vie contemplative dans la solitude et le silence, et même y consacrer toute leur vie.  Je ne croyais pas y être associée et avoir à y collaborer.  Je portais cela dans ma prière.
En étudiant l’histoire du monachisme avec son pluralisme des premiers siècles, j’ai pensé que les mutations culturelles et religieuses de notre époque pouvaient être une invitation à un retour aux sources.  Depuis une dizaine d’années en effet, bien des essais ont été tentés qui dissocient contemplation et clôture tout en conservant la rupture avec le monde et le retrait par rapport à ce qui est trop distrayant et détourne le cœur de la pensée de Dieu.  
L’histoire des origines du monachisme nous montre un monachisme beaucoup plus riche et diversifié dans ses formes : érémitisme, anachorétisme et cénobitisme.  Comment en sommes-nous venus en Occident à la forme unique de cénobite recluse pour les monastères féminins depuis la fin du XIIIe siècle ?  
C’est par le décret ‘Periculoso’ en 1298 que Boniface VIII établit la clôture telle que nous la connaissons pour ‘remédier à la situation dangereuse et condamnable de certaines moniales, protéger leur chasteté, donner aux religieuses une liberté spirituelle qui facilite le service divin, établir une sauvegarde qui permette d’éviter le scandale’  ‘Nous ordonnons, écrit-il, que cette constitution, dont la validité est éternelle et ne pourra jamais être remise en question que toutes les moniales et chacune d’elles, présentes et à venir, de quelque Ordre qu’elles soient et dans quelque partie du monde qu’elles puissent se trouver devront désormais rester dans leur monastère sous une clôture perpétuelle,  Il faut dire que la majorité des monastères anciens n’ont pas ajouté cet élément à leur règle de vie, mais comme les clarisses existaient depuis le début du 12è siècle seulement, elles ont acceptées cette législation.  Aujourd’hui les moniales clarisses s’interrogent sur l’opportunité de garder leur titre de moniale.  En faisant partie de l’Ordre franciscain qui ressemblait au début à un institut séculier, cela motive leur ouverture actuelle.  
En creusant la gratuité et la louange, la grâce de ma vocation, l’intention de la partager grandissait. En moi.  Partager voulait dire à plus ou moins long terme, être coupée du monastère Sainte-Claire de Salaberry-de-Valleyfield à cause de cette tradition des derniers siècles.
La SCRIS me rappelait constamment cette menace qui pesait sur moi, à l’occasion de la correspondance que j’entretenais avec elle.  J’étais partagée entre une loi que je respecte et l’appel intérieur de ma conscience.  Je considère comme une faveur d’avoir bénéficié de la permission d’expérimenter notre genre de vie durant près de cinq ans.  Toute ma communauté était d’accord pour tenter l’expérience. Il m’appartenait de vérifier la profondeur de cet appel personnel qui répondait tellement aux questions qui intéressaient toute la communauté. Cette chance d’avoir pu vérifier la profondeur de cet appel m’a obtenu la faveur de porter mon anneau de profession.
J’ai choisi de demander la dispense de mes vœux, surtout le vœu de clôture tel que je les ai prononcés à Salaberry-de-Valleyfield pour les renouveler ici sous l’autorité de monseigneur Charles Valois et dans le contexte de La Source.  Pour rien au monde, je souhaite être libérée de mon vœu de pauvreté à la suite de François et Claire.  
 

Chapitre 4 


Prise de conscience d’une intuition
 
Avant mon départ de Salaberry-de-Valleyfield, beaucoup de choses vivaient en moi, que je ne connaissais pas, mais m’interpellaient surtout le matin durant l’heure d’oraison.  Je priais, mais ne comprenais pas, c’était quelque chose qui vivait en moi et m’appelait.  Sans comprendre, je gardais l’oreille et le cœur ouvert. 
À cette époque, nous faisions notre retraite annuelle individuelle au milieu de nos sœurs avec notre voile légèrement baissé pour garder un plus profond recueillement.  Un midi, notre Mère lectrice nous fit la lecture d’une lettre venant d’un monastère en fondation dans un pays d’Afrique. Quelque chose m’a vraiment touchée et je sentis les larmes coulées, je me retirai à la chapelle pour vivre cette émotion et la comprendre dans la prière.  C’était comme un premier appel à du neuf dans ma vie, plus tard je comprendrai.
Une de nos sœurs avait un cousin religieux dans sa famille et quand il venait dans sa paroisse il se rendait au monastère pour saluer une co-paroissienne et il faisait une conférence à la communauté.  Un jour je demandai pour le rencontrer et il accepta.   Le fait de la rencontrer et lui parler de ce que je vivais, lu a permis de voir le chemin de lumière qui s’ouvrait en moi.  Ces rencontres m’ont permis de percevoir peu à peu des horizons inconnus qui m’ont fait comprendre bien des choses.  Je dois y être fidèle. 


Les Clarisses à La Source

En revenant à Lachute, Gilles me dit : ‘Pour ta consolation, les clarisses viendront à Lachute d’abord pour une session des responsables, ensuite, une autre pour les jeunes en formation.’  Les quatre premières années, il y eut deux sessions par année et les quatre années suivantes, il y en eut une par année.  C’était toujours une grande joie d’accueillir mes sœurs.  
En février, nous avons la surprise d’accueillir chez-nous Mère Rolande de Salaberry-de-Valleyfield et sœur Monique, clarisse de Paris, à l’occasion d’une réunion du Conseil de l’UCRC.  Le conseil des responsables de l’UCRC a eu lieu à Lachute une fois ou deux fois. Sœur Aline Eraly, o.c.d. sœur Cécile Viau r.m. sœur Thérèse o.p. et sœur Alfreda s.p.s.  La réunion a lieu chez les Frères, nous causons ensemble dans la grande salle d’accueil et nous les invitons pour dîner, sœur Aline Eral, sœur Cécile Viau, sœur Thérèse et sœur Alfreda.  Une grande joie pour moi, de reprendre contact avec ma famille religieuse.  Nous recevrons aussi des clarisses du monastère de Sorel, sœur Clara et sœur Lise pour un temps d’ermitage.  Sœur Nicole de Rivière du Loup vient passer trois mois avec nous.  En novembre, nous avons la joie de recevoir sœur Marie-Saint-Jean clarisse de Tokyo au Japon, autrefois à Salaberry-de-Valleyfield, c’est un grand plaisir de la revoir et l’accueillir chez-nous. Elle nous parle longuement de sa mission au Japon, monastère fondée par les clarisses de Salaberry-de-Valleyfield. 
Quand j’irai en France, je me rendrai compte que les sœurs ayant commencé comme moi une nouvelle forme de communauté sont accueillies dans leur monastère d’origine à un rythme fixé entre-elles. S’il n’y a pas de mauvais coucheur comme dit le Père Bernardin Beck pour ‘mêler les cartes’.  Ici au Québec, ce serait plus difficile, les quatre monastères de clarisses qui existent, même en fédération peuvent avoir une vision différente, dans la pratique du quotidien.  
La communauté La Source demeure une association en espérance.  J’ai écrit l’histoire d’une nouvelle communauté : La Source intitulé UN SOUFFLE D’ESPÉRANCE, le livre a été publié en mai 2009.  Peu de temps après, j’ai reçu une lettre de Giancarlo Rocca de la curie romaine qui faisait le recensement de toutes les nouvelles communautés, dont 33 avant le Concile et 775 dans sa totalité jusqu’à l’année 2009, ceci dans 47 pays.  Par le moyen de courriel, j’ai pu communiquer avec lui. En lisant mon volume il a découvert à la page 215, trois nouvelles communautés en marche : ‘L’Arche de Paix’ ayant aujourd’hui une maison centrale à Rome, ‘Sentiers de la Transfiguration’ qui a pris une nouvelle forme et ‘La Maison des Béatitudes’ dans l’Esprit de Jean Vanier.  Ce projet s’est développé à tel point qu’ils ont dû agrandir leur centre.
Giancarlo Rocca me demande ma collaboration pour le renseigner sur les autres projets neufs mentionnés dans le même livre à la page 211.  Nous avons trois mois pour faire ce travail, car son volume sera publié à ce moment-là et alors il m’annoncera qu’il est en vente.  Je n’ai pas commandé, car je savais qu’il serait en grande partie en italien et ma limite des langues fait que j’en ai fait le sacrifice.  
Trois mois plus tard, je reçois par la poste deux volumes en cadeau : ‘Nuove forme di vita consacrata’ a curia di Roberto Fusco e Giancarlo Rocca et un deuxième, par le même auteur ‘Primo censimento delle nuove comunità’.  
Dans ce volume on nomme et explique par une brève histoire, 775 nouveaux projets jusqu’à l’an 2009, ceci dans 47 pays.  Au bas de chaque communauté on donne une brève histoire sur chacune dans la langue du fondateur.  En le recevant, nous avions à l’accueil une italienne arrivée au pays à l’âge de 5 ans elle a pu me traduire les passages les plus intéressants et utiles pour moi.  La législation des nouvelles communautés est importante pour nous de La Source.
L’explosion de l’Esprit marque le passage de la vie consacrée à un nouveau paradigme dans l’histoire de la vie religieuse.  J’ai eu l’occasion de parler de cet exploit de l’Esprit-Saint à un grand connaisseur dans le domaine de la vie religieuse.  Il ne m’a pas cru, d’après lui, il y en avait environ 200 nouvelles communautés, pas plus.  J’ai écrit un article pour une revue et l’éditorialiste a enlevé ce passage de mon texte, il le croyait exagérer.  Peu importe, je crois à la puissance de l’Esprit et sa capacité de nous surprendre, d’autant plus que j’ai les noms et une brève histoire de chacune de ces communautés.  J’ai vraiment vu l’Esprit à l’œuvre.  
La C.R.C. avait choisi sœur Lorraine Caza c.n.d. pour participer à un congrès sur la vie religieuse à Rome, après le Concile.  Elle en était revenue très confiante en l’avenir de la vie religieuse.  Pour partager cette expérience elle a organisé une rencontre de fin de semaine à laquelle j’ai participé.  Je n’ai jamais oublié son enthousiasme sur ce qu’elle avait vu à Rome après le concile.  ‘Il y a dit-elle, une certaine ouverture au changement, cela se voit dans tous les pays’. Pour ma part, c’est une interpellation pour Rome.

 

Communauté Ouverte à la Recherche

La Source où vivent un ensemble de personnes rassemblées venant de divers milieux, et de diverses communautés partagent cet enthousiasme.  Elle se construit lentement, mais jamais La Source n’a manqué, elle me fut donnée, nous fut données au jour le jour comme le pain quotidien et le Pain de la Parole.
Notre communauté est parmi les dons de Dieu, l’un des plus merveilleux parce qu’elle est le lieu de notre charité.  Elle est très fragile, un rien pourrait l’anéantir et pourtant Dieu est présent dans cette fragilité.  Elle est formée de personnes qui demeurent en permanence pour un temps plus ou moins long, de personnes qui viennent pour un discernement et d’autres pour qui La Source est une école d’adoration et de prière.  Certaines personnes viennent et reviennent régulièrement.  Nous voyons maintenant La Source comme un point d’eau, où se rassemble des chercheurs et chercheuses de Dieu, en recherche d’intériorité dans la solitude et le silence.


Milieu De Vie

Malgré son instabilité, La Source est depuis quatre ans, ma communauté de vie.  Elle est le lieu où Je puis vivre mes autres engagements.  Dès que nous vivons en commun, il faut un minimum de conditions démarches initiales, processus d’intégration et procédure financière.  
Démarches initiales : quand une personne manifeste de l’intérêt pour La Source, nous l’invitons chez-nous pour qu’elle voit elle-même notre genre de vie, Si elle veut poursuivre la démarche, nous lui proposons de passer un mois avec nous et nous cherchons ensemble si l’expérience doit être continuée.  
Après un mois, La Source est devenue pour la personne un lieu de discernement, discernement déjà commencé et qui continue selon son désir d’intégration.  La procédure financière s’ajuste au vécu, participation aux travaux ou plus grande solitude et capacité financière.  Nous sommes des Filles de Sainte Claire avec parmi nous deux sœurs ermites qui apportent leur contribution à la prière et la tâche quotidienne.
Nous savons la présence de personnes en silence qui évoluent sur le même terrain que nous.


Personnel Mouvant

Dès le début, la présence d’Ida fut concrète, celle de Réjeanne aussi, ce sont deux personnes dont la vie est consacrée à la prière.  La première année fut particulièrement difficile, vie sans cesse partagée, avec d’autres personnes de plus en plus nombreuses, car la vie fraternelle est importante autant pour les clarisses que pour les autres membres.  Il fallait bâtir cette fraternité au jour le jour.
À de moment, une nouvelle venue, Marcelle Brault, grande abeille artiste se présente le 17 janvier.  Elle fait des cartes et différentes choses pour gagner notre vie, sa présence souriante toute fraternelle est bien utile.  Les 20 21 22 janvier Jacqueline retourne dans sa communauté.  Elle ne revient pas à La Source durant cette semaine sauf à la réunion avec les membres du réseau.  Son appel prend une forme différente.  Je me sens prostrée, dans un certain état d’accablement.  Je prie longuement à la chapelle de La Grotte; Gilles devinant ma souffrance m’invite à souper.  J’ai le cœur déchiré et pourtant Jacqueline a pris une bonne décision.  Elle ne doit pas se laisser démolir, si elle ne peut pas rester, c’est sans doute une bonne solution.  
À la fin de janvier, nous avons une rencontre avec Marcelle, rencontre difficile, le départ de Jacqueline l’a beaucoup affectée, ce qui fait que Marcelle est en questionnement.  Je ne comprends absolument pas la situation.  Gilles me dit : ‘Un poisson qui arrive dans un aquarium quand un autre vient de partir, ça fait réfléchir’.  Marcelle, une sœur de l’Espérance demeure quelques mois avec nous et elle retourne dans sa communauté le 2 juin.  Ce fut une autre épreuve, mais sa vocation première était davantage apostolique que contemplative, et sa vie de prière aussi.  Louise, sœur Auxiliatrice du Purgatoire, fut la suivante, elle arriva à La Source le 1er mars, je l’avais connue à Salaberry-de-Valleyfield alors qu’elle travaillait pour un journal diocésain.  Elle m’avait longuement interrogée sur la vie monastique et j’ai reconnu plusieurs de mes propos dans l’article qu’elle a publié.  Quelques temps plus tard, elle demanda à mère Rolande pour faire un séjour dans notre monastère.  Elle fut acceptée, et y resta quelques mois, nous avons causé quelquefois ensemble et je la sentais en recherche comme moi.  À ce moment-là ma réflexion n’était pas suffisamment solide pour que je puisse partager mon intuition.  Elle avait dû sentir que nous étions sur la même longueur d’onde.  Lorsqu’elle apprit que j’étais à Lachute, elle est venue me rencontrer et passer un mois avec nous.  Elle aimait beaucoup l’endroit, mais elle souhaitait la vie en ermitage.  Il était impossible pour elle d’organiser cela pour le moment.  
Après un certain temps de vie solitaire à l’extérieur de La Source, elle revient et s’installe dans l’ermitage de Réjeanne qui vient de quitter pour un autre endroit.  Elle deviendra vierge consacrée quelques années plus tard, en la chapelle de la Grotte.  Tout comme un petit tamia, elle trouve sa place 
Pierrette Blais, tel un oiseau des plages vient passer quelques mois à La Source, après avoir fait l’expérience de la vie monastique, elle veut se rendre à une Chartreuse en France.  Lorsqu’elle revient de son séjour, elle s’installe dans une chambre qu’elle transforme en atelier pour faire des icônes. Elle ira les vendre chez les sœurs Disciples du Divin Maître sur la rue Sherbrooke à Montréal.  
Monique Paquette s.s.c. s’engage à partager notre vie.  Elle nous aide beaucoup durant une période de grand ménage causée par une inondation au premier étage.  Il faut changer les linoléums blancs, laver les murs et les peindre, ce qui nous aide pour nos assurances.  
Au début d’avril Marguerite Rivard, une compagne de noviciat, telle une chauve-souris vient rencontrer Gilles à Lachute pour la première fois.  Elle reviendra plus tard passer plus d’une année à La Source en attendant de réaliser sa mission auprès des prisonnières, appel surgit dans sa vie de clarisse.  Plus tard, elle aura la consécration des vierges dans une petite chapelle de la cathédrale de Montréal par Monsieur le cardinal Jean-Claude Turcotte.  J’ouvre une parenthèse : un jour où nous participions à une liturgie dans cette cathédrale, en passant dans une allée, Mgr Turcotte s’arrêta et s’adressant à nous, Mariette et moi, il nous demanda de quelle communauté, nous étions.  Nous répondons La Source.  En ce temps-là, les évêques avaient les yeux ouverts sur ce qui bougeait dans l’Église.   



Ida Réalise Un 2ième Rêve

Jacqueline un peu malheureuse de me savoir seule avec l’animation de La Source me propose de venir me remplacer pour que je prenne des vacances.  J’ai pensé lui faire plaisir en acceptant.  Aline me conduirait visiter des maisons de prière, c’était bien la seule raison qui me ferait partir de La Source.  Tout était tellement instable à ce moment-là.  J’invite alors sœur Marielle Daoust o.p. pour nous accompagner.  
Ce fut un voyage très agréable, nous nous sommes rendues jusqu’à La Solitude Moncton où sœur Merzel Caissy s.g.q. devait nous attendre.  À la demande de sa communauté, elle était partie chercher le Père Yves Raguin s.j. à l’aéroport.
Après notre attente, nous avons eu la joie de passer une veillée avec lui, missionnaire à Taïgon, il connaît les religions orientales.  Nous apprenons beaucoup de choses sur ces religions dont le centre de prière est à l’intérieur des personnes elles-mêmes.  Nous avons quelques livres du Père Raguin s.j. dans notre bibliothèque et à cette époque, ces livres ont fait beaucoup cheminer les personnes : Chemin de contemplation, La profondeur de Dieu, L’Esprit sur le monde, et L’Attention au mystère.  Ils ont aidé le passage d’une religion centrée sur des prières vocales à l’ouverture au mystère. 
 Ces livres ont apporté des réponses aux chercheurs de Dieu de cette époque.  Dans la préface de son livre ‘La profondeur de Dieu’, (Desclée de Brouwer 1973, p.9) et celle de ‘Chemin de contemplations’ suppose que l’on quitte son pays, le monde de ses propres pensées, pour aller vers Dieu et enfin le trouver, ce sont vraiment des chemins.  Dans ‘La Profondeur’, la démarche est différente.  C’est une recherche en profondeur, au cœur de soi-même.  Dans la préface de son livre ‘L’Esprit sur le monde’, il explique que les ‘Chemins’ nous conduisent vers le Père.  ‘La Profondeur’ nous fait redécouvrir le Verbe et ‘L’Esprit sur le monde’, présente ‘l’œuvre de l’Esprit’ (Desclée de Brouwer 1975).  Nous vivons encore de ces réalités qui ont jaillies du bouddhisme qui vivent l’immanence (‘La Profondeur’) depuis vingt siècles.  ‘L’attention au mystère’ (imprimé le 19 mars 1979) nous ouvre à la contemplation, du grand mystère divin.  Ce fut pour moi, un vrai cadeau que cette soirée tellement précieuse alors que plusieurs personnes connues étaient en cheminement dans cette expérience.  Au retour nous arrêtons saluer nos sœurs clarisses de Rivière du Loup et de Lennoxville, et visitons quelques maisons de prière qui jaillissaient nombreuses à ce moment. Nous étions heureuses de nous retrouver chez-nous.  Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais à mon retour de vacances Ida m’annonce comme un grand mystère en passant par Gilles qu’elle quitte notre maison, elle aussi.  Elle s’est sentie mise à la porte, car Jacqueline lui aurait proposé des adresses de maisons pour personnes âgées lui disant que les Sœurs de la Miséricorde seraient intéressées à continuer La Source.  Le fait est accompli, elle s’est loué un appartement sur la rue Bédard à Lachute.  Elle nous quitte au mois d’août 1978.  Tout cela est impossible, La Source doit rester un projet contemplatif d’après le bail.  Il s’agit d’une série de malentendus.  Ida songeait à la vie de recluse avec plus de solitude, elle me parlait de Jeanne Leber depuis quelques temps et Jacqueline de son côté comprenait mal une vocation à l’âge d’Ida.  Elle reviendra à La Source le 14 septembre 1982 au moment d’une grosse crise d’arthrite et elle y restera jusqu’à la fin de ses jours.  Je rencontre Gilles pour lui faire part de ma conversation avec Ida, il est déjà au courant, elle l’avait vu avant hier, mais rien ne devait percer avant ma visite chez le notaire.  Il ne faut pas laisser passer cela dit-il, il faut téléphoner à la Mère Générale et convoquer une réunion à Lachute entre elle, Gilles et moi.  Il fallait voir avec elle comment éclaircir la situation et connaître la position du Conseil Général des Sœurs de la Miséricorde.
Le départ d’Ida me dit-il motive cette rencontre.  Il y a de l’ambiguïté dans les rencontres entre Jacqueline et moi, Jacqueline et Gilles, le Conseil Général et Gilles.  Je commence à me demander si on parle d’un même projet.  Une rencontre pourrait clarifier les choses et nous serions deux à entendre la même chose d’où l’importance d’être tous les deux présents.
Le 16 août, Mère Clémence vient à La Source.  Elle demande à la sœur qui la conduit de prier durant notre rencontre.  Je la sens un peu inquiète, nous clarifions la position du Conseil Général.  Isabelle n’a pas été mandatée pour parler au nom du Conseil général, il n’a jamais été question qu’elle fasse partie du conseil d’administration, elle aurait plutôt nommé Thérèse Bonneville, car Isabelle Venne est une animatrice et non une administratrice. 



Chapitre 5 


Propriétaire de La Source
1ière partie

Les sœurs de la Miséricorde reconnaissent La Source comme propriétaire, elles donnent les raisons pourquoi elles souhaitaient que Jacqueline continue La Source.  Moi, Lucette j’étais présentée comme quelqu’un qui ne s’y connaissait pas en administration, c’est pourquoi Jacqueline souhaitait un comité de régie.
Il est clair que Jacqueline se retire de l’administration comme elle s’est retirée de l’expérience depuis quelques mois.  Ida en laissant la maison, mais non La Source, avait compris que des sœurs de la Miséricorde venaient vivre à La Source, ce qui aurait exigé une entente avec les Franciscains et avec moi.  Il n’en a jamais été question au Conseil Général des Sœurs de la Miséricorde pour deux raisons : Mère Clémence a pu vérifier et discerner avec Jacqueline son désir de retourner à la vie apostolique et le projet La Source est contemplatif.  De plus elle ne connaît aucune sœur qui aurait la vocation et qui voudrait vivre à La Source.
La question est précise! ‘Est-ce que cela pourrait sécuriser Jacqueline que nous cherchions ailleurs pour rembourser l’emprunt?’  Mère Clémence dit que la responsabilité des emprunts et des dons appartient aux membres du Conseil d’Administration et ne concerne aucune autre sœur.  Elle se dit heureuse d’aider La Source comme elle le fait pour d’autres projets.  Elle propose que la dette soit remise à raison de 1 000 $ par année et si une année on ne pouvait pas, il suffirait d’une entente.  Nous venons de recevoir 15 000 $ plus un héritage personnel de 3 000 $ ce qui ferait 18 000 $ à remettre sur la dette. Nous dépassons les questions d’administration pour toucher aux questions qui ont trait à la personnalité, notre cheminement et celui de Jacqueline.  Je lui dis que le départ de Jacqueline a été difficile pour moi, elle était vraiment la femme qu’il fallait pour débuter le projet.  Son expérience a été précieuse pour l’ouverture de La Source.  Malgré la facilité que nous avions à causer de notre projet, j’ai commencé à me rendre compte que cela devenait plus difficile pour elle.  La présence d’Ida âgée et contemplative suscitait en elle un grand questionnement.
Je lui ai rappelé qu’entre Jacqueline et moi, il avait été entendu qu’advenant le cas où l’une de nous partirait pour une raison ou une autre, celle qui resterait pourrait continuer La Source, ce qui est mon cas présentement.  Je veux continuer et Mère Rolande de Salaberry-de-Valleyfield accepte ma décision.  Mère Clémence demande à être avertie du changement pour refaire les transactions dans un climat d’aide et de partage.  C’est la conclusion logique de la rencontre que nous venons d’avoir, avec Mère Clémence.  
Ida a quitté la maison mais elle n’a pas quitté La Source.  Elle venait dîner tous les dimanches et j’allais chez-elle les lundis en allant à la Caisse populaire. Je dînais et nous nous retirions dans le silence. Pour moi, je vivais l’expérience d’une sorte de désert en ville.   
A la fin de l’après-midi, je revenais à pied.  Durant son séjour sur la rue Bédard elle a beaucoup aidé avec l’aide de Lise Parker à convaincre Terry Paquette, ermite à Lachute à devenir prêtre.  Elle participait à ses prières liturgiques et lui préparait de la nourriture pour ses repas.   Leur influence a été bienfaisante dans sa décision de devenir prêtre et un très bon accompagnateur spirituel.
Je me trouvais à ce moment seule avec Marcelle et Réjeanne.  Ce n’était pas la première fois que je vivais cette expérience du départ de personnes significatives très importantes.  Est-ce dans la ligne des épreuves de La Source?  Ou est-ce que les personnes y découvrent des réponses à leur recherche et continuent leur chemin?  L’originalité de La Source rejoint peu de personnes pour l’animer en ce moment, même si pour plusieurs elle est un lieu de discernement.  C’est une expérience très douloureuse, mais les yeux fixés sur le seul Seigneur, je continue ma route en union profonde avec Lui.  Les grandes lignes du projet sont toujours les mêmes aujourd’hui comme hier, un projet contemplatif qui se situe entre les moniales et les Petites Sœurs de Jésus.  Dans les faits, le plus important, c’est le cheminement des personnes, que nous soyons une ou dix dans l’animation.

 
Charte d’Incorporation

Étant donné le départ de Jacqueline, il faut prévoir un C.A.  En revoyant ensemble notre conversation avec Mère Clémence, Gilles accepterait sans hésitation de faire partie de ce conseil.  Je redis mes réticences face à un conseil d’administration de l’extérieur.  Gilles me dit qu’il n’y tient pas plus que moi. Il veut simplement qu’on cherche ensemble. Mon argument : La Source suppose une alliance domestique, c’est une protection pour les membres.  Jacqueline voulait un comité de régie en vue de l’administration qu’elle croyait nécessaire pour obtenir la charte d’incorporation.
Maître Valois suggère de convoquer les personnes intéressées pour un C.A. qui est légalement obligatoire.  Mère Rolande conseille de faire l’impossible pour garder notre liberté avec un C.A. de type religieux, formé de nos propres membres.  Elle pourrait même faire partie du C.A.  Sœur Thérèse Soucy s.n.j.m. qui est demeurée trois mois avec nous, me conseille de rencontrer sœur Blandine Grégoire s.b.c. fondatrice du Camp Bosco à Salaberry-de-Valleyfield.  Sœur Blandine anime deux formes de conseil d’administration, un comité de régie et un C.A.  Elle me conseille de m’occuper d’un seul C.A. et de ne pas m’embarrasser de tout un comité pour un si petit projet.  Elle peut donner des reçus d’impôt autant à l’intérieur d’une société que d’une charte ouverte.  Il nous faut être prudentes, les sœurs du Bon Conseil ont perdu une œuvre ainsi.  Elle voit ma situation différente plutôt au niveau d’une association pieuse, un institut ou autres.  
Laurent Gallant o.f.m. suggère en plus des membres permanents, des membres temporaires et des membres associés.  Monsieur Jean-Luc Lussier, suggéré comme conseillé par les franciscains, me dit : ‘Il est important de fonder comme propriétaire et non avec un comité de régie, car il s’agit d’une administration domestique.’  On peut fonctionner selon la 3e loi des compagnies sans but lucratif.  Il suffit de 20 $ pour faire un amendement à une charte provinciale très simple. J’apprendrai plus tard qu’il suffit aussi de 20 $ pour mettre sur pied une charte. La signature des chèques peut être faite par une seule personne.  Il faut demander à Jacqueline de laisser sa part pour 1,00 $, position légale pour éviter des ennuis par la suite.  Il prépare un papier brouillon, d’ici la fin de l’année, je peux ouvrir un compte personnel pour des transactions ordinaires et transférer le tout à La Source à la fin de l’année.  Compte tenu du fait que je suis propriétaire de La Source, madame Lucille Ayers, Ida Rochon et moi, formeront le C.A de La Source.  Nous pouvons faire les démarches pour la Charte d’Incorporation.

 

Démarche avant la Charte

Le 1er septembre, nouvelle rencontre avec Maître Valois afin de lui faire part de notre conversation avec Mère Clémence Brabant s.m.  Je lui dis ma décision de continuer La Source.  Je lui donne un plan de charte.  Il semble perplexe, il a entendu d’autres sons de cloches.   Il souhaite tenir au comité de régie.  Il ne veut pas faire partie du conseil d’administration.  Il dit que La Source n’est pas une maison privée, pas une œuvre non plus.  Il finit par dire que composer pareille charte le tue, il doit étudier parfois le soir, il fait tout son travail gratuitement.  Je sens que je ne peux plus rien dire, je suis trop mal placée dans la circonstance.  
Je lui laisse quand même la copie d’un projet de charte à remettre en temps opportun.  La Source est une corporation à but non lucratif qui s’inscrit dans la 3e loi des compagnies.
Elle a comme objectif :  
•	Permettre à une communauté de femmes pour un temps déterminé de se vouer en commun aux œuvres de piété, de miséricorde, de charité que peut comporter la vie contemplative qu’elles mènent.  
•	D’accueillir des personnes qui voudraient temporairement partager cette vie.
•	D’aider au cheminement de ces personnes et des hôtes de passage.
•	De créer éventuellement d’autres lieux, d’autres maisons qui seront gouvernées selon la même loi.
•	De susciter un intérêt pour l’intériorité, le silence.
La Source a le pouvoir :
•	D’acquérir, de posséder des meubles et immeubles qu’elle peut vendre, aliéner, hypothéquer, céder, louer, transporter ou échanger.
•	D’administrer et voir à la transaction des biens.
•	De voir à la régie interne de la corporation.
•	Conditions pour devenir membres 
•	L’acceptation des autres membres.
•	Assemblée régulière, minimum une fois par année. 
•	Nomination et remplacement des 3 membres du conseil.
•	Délégation de pouvoir, signature des chèques par 1 ou 2 membres.
•	Choix éventuel d’un conseiller à l’extérieur qui peut être membres du conseil.  Le siège corporatif de La Source est situé à Lachute.  Un autre endroit de cette province peut être choisi en tout temps pour règlement de cette corporation.
Sœur Isabelle s.m. me suggère de continuer les démarches pour un conseil d’administration et devenir propriétaire de La Source.  Ensuite la communauté verra s’il est opportun de continuer l’emprunt, car tout s’aligne dans la même direction sans personne pour accompagner la démarche.  Je ne comprends pas puisque Gilles a participé à toutes nos réunions.  Je me rends compte que pour cette sœur il s’agit nettement d’une question d’argent.  Elle ignore sans doute qu’il est beaucoup plus facile de trouver de l’argent que de trouver une sœur.  Mère Clémence nous dira plus tard que cette sœur n’est pas administratrice mais animatrice.  
À l’été, je reçois la visite inattendue de Gaëtane Gareau.  Elle me parle de leur charte selon la loi des évêques conseillée par monseigneur Valérien Bélanger de l’évêché de Montréal.  Cette loi gère leur institut Groupe Monde Espérance.  Elle me suggère de prendre les renseignements.  Conseillée par lui, je me rends à l’évêché de Montréal pour une rencontre avec le chanoine Jules Delorme.  Celui-ci me donne des copies de charte de diverses communautés pour aider notre rédaction.  Notre désir de pauvreté en commun le laisse perplexe, il accepte cependant pour des personnes individuelles.
Le chanoine Jules Delorme me conseille de rencontrer le Père Telmosse c.s.v. responsable des religieux et des consacrées.  Je puis le faire le jour même.  Nous avons une conversation très intéressante et très enrichissante.  Il me donne cependant les exigences du diocèse de Montréal en ce domaine, question d’âge et d’autonomie.  
Jacqueline me rend visite et elle me parle des assurances à renouveler pour le début de décembre.  Le 19 décembre Lucille Ayers et moi, nous nous rendons à l’aéroport de Mirabel pour rencontrer monsieur Jean-Luc Lussier obligé de s’absenter pour un long moment.  Il nous donne son consentement pour la charte selon la loi des évêques.  
Le 4 décembre, nouvelle rencontre avec le Père Telmosse, à l’archevêché de Montréal.  Il est très sympathique à l’idée d’une charte selon la loi des évêques, selon la loi des corporations religieuses si monseigneur Charles Valois accepte de nous considérer comme une association pieuse.  L’abbé Mario Paquette canoniste dit qu’il n’est pas nécessaire de recourir à Rome pour la reconnaissance de cette association.  
Je téléphone à monseigneur Charles Valois pour lui rendre compte de mon entrevue avec le Père Telmosse c.s.v. il me dit tout remettre entre les mains de monseigneur Fernand Dagenais.  Le 21 décembre, Laurent Gallant qui travaille à l’évêché de Saint-Jérôme explique la situation à Mgr Dagenais.  
Une semaine plus tard celui-ci me téléphone et il me pose une série de questions sur nos finances, le but de notre association, il dit venir me rencontrer dans quelques jours.  Le 10 janvier 1979, il revient pour me poser des questions sur le but de notre association, il est très peu question de finance, mais je sens qu’il est inquiet sur notre situation par rapport aux franciscains, notre bâtisse située sur leur terrain.  Il trouve le projet peu stable et c’est vrai.  Il est trop tôt pour une charte selon la loi des évêques.  Je sens à l’avance que ce sera refusé.
Vendredi 19 janvier 1979 la réponse de monseigneur Dagenais est négative, la situation est trop périlleuse parce qu’instable, de plus nous avons une grosse dette.  Après avoir consulté le Père Henri Éthier provincial et Laurent Gallant, les deux m’invitent à parler de la situation à monsieur Jean-Luc Lussier.  
Compte-tenu du départ éventuel de sœur Jacqueline Savard, je poursuis les démarches avec maître Valois pour ensuite consulter monsieur Lussier.  Celui-ci m’invite à faire les démarches pour pouvoir gérer La Source : devenir responsable et prévoir des membres pour un conseil d’administration.  De son côté il va faire le nécessaire pour obtenir la Charte d’Incorporation le plus tôt possible.   



Propriétaire de La Source
2ième partie

Au printemps Maître Valois est consulté au sujet de la possibilité de nommer un membre de La Source qui remplacerait Jacqueline pour la signature des chèques.  Il me dit de revenir en juillet afin de prévoir une corporation pour la fin d’octobre, à la fin de notre entente entre Jacqueline et moi.
Le 9 juillet, je rencontre à nouveau Maître Valois, il nous voyait trop peu nombreuses et trop instables pour une Charte d’incorporation.  Je lui fais voir une lettre légale du gouvernement nous demandant d’envoyer une copie de notre Charte avant l’automne.  C’est la condition pour obtenir un numéro d’enregistrement et pouvoir donner des reçus pour impôt pour les dons nombreux à cette époque.
J’écris à Jacqueline au sujet de la 2e signature pour l’achat de la propriété et j’ajoute : ‘Quant à voir le notaire prochainement, je t’avoue que le départ d’Ida m’a tellement prise au niveau émotionnel qu’il me faut remettre à un peu plus tard quand les choses se seront décantées.  C’est beaucoup d’émotion dans une même année, les deux départs, le tien et celui d’Ida.  Je me dis : « Peu importe les circonstances des départs, la Providence y pourvoira ».  Nous avions commencé le projet La Source dans la sincérité de notre cœur, prêtes à rester à l’écoute du Seigneur et je prie tous les jours pour qu’il nous garde dans cette disposition.  Que sa sainte volonté soit faite, même si c’est tellement dur de part et d’autre. 
Le mardi 24 octobre, nous nous rendons chez le notaire Valois, Jacqueline et moi pour l’achat de sa part.  Maître Valois ne comprend pas notre arrangement de vendre une part pour 1,00 $ alors que la propriété a pris beaucoup de valeur au cours de l’année et que la dette actuelle correspond à 32 000 $ aux sœurs de la Miséricorde et 10 000 $ à Ida.  Il me fait sortir pour consulter Jacqueline en particulier.  Cela me fait comprendre que notre histoire est une folie pour les gens du monde et surtout pour les hommes de loi.  Ils n’ont pas l’expérience de transaction avec des communautés religieuses.  Je deviens propriétaire de la maison avec une grosse dette, ce qui en principe est impossible pour une clarisse.  
Monsieur Jean-Luc Lussier dit que cela ne vaut pas la peine de faire des démarches pour corriger la situation.  Il vaut mieux mettre notre énergie à préparer la charte le plus tôt possible.

 

Charte d’incorporation

Monsieur Jean-Luc Lussier travaille à nous situer au niveau de la loi et cela prend du temps.  Je téléphone pour avoir des nouvelles, il me dit : le problème c’est votre nom ‘La Source’, il y en a trois dans la province de Québec.  Le 4 avril 1979 restant seule avec Ida, je lui dis de mettre ‘Filles de Claire’ en sous-titre.  Deux jours plus tard il appelle en disant que c’est accordé.  Il nous a obtenu un rendez-vous avec Maître Anne-Marie Bourgoin.  Je lui écris et lui donne un texte qui lui expose notre projet de vie à La Source et le désir d’avoir une charte d’incorporation.  En réponse à ma lettre, Maître Bourgoin me téléphone que cette charte ressemble à une charte pour les communautés religieuses.  Je lui réponds ‘Oui et notre première intention était une charte selon la loi des évêques qui n’a pas été acceptée.  ‘Elle me dit faire son possible pour inscrire La Source dans la 3e loi des compagnies’.  Un peu plus tard Maître Anne-Marie Bourgoin me téléphone à nouveau pour dire qu’elle a retenu intégralement les articles 1,2 et 4 que j’avais suggérés, le reste est inscrit dans la loi même.  Elle nous invite à nous rendre à son bureau.  
Monsieur Lussier m’avait conseillée de ne pas dépasser la somme de 100 000 $ sans voir la situation avec les franciscains.  Il n’exclut pas la possibilité de changer cet article de la Charte au besoin.  Après plusieurs années, nous en sommes encore au même montant.  Nous nous interrogions sur la physionomie de cette Charte.  À ce moment-là nous n’étions pas encore au courant de la recherche d’une loi canonique des Autorités religieuses de l’époque.  Nous l’apprendrons plus tard et l’avenir nous laissait espérer des expériences concrètes comme la nôtre.  Avec Ida, Lucille et les personnes présentes, même temporairement, le chemin demeure lumineux, plein d’espérance.  Nous nous rendons au bureau de Maître Bourgoin, Lucille, Ida et moi.  Nous tenons notre première réunion du C.A., Lucille est nommée présidente, Ida vice-présidente, Lucette secrétaire-trésorière.  Nous payons les frais du travail de notre avocate, 975 $.  Il valait la peine de faire cette dépense, compte-tenu de notre situation spéciale.  
Notre charte a occasionné plusieurs démarches, il reste une dernière formalité, vendre la propriété au conseil d’administration de La Source représenté par madame Lucille Ayers, présidente.  La vente se fait le 9 novembre 1979 dans le bureau de Maître Valois.  La venderesse, moi, sœur Lucette Sabourin, clarisse de Salaberry-de-Valleyfield présentement domiciliée au 240 Ave de la Providence en la cité de Lachute vend pour la somme de 1,00 $ la propriété et les ameublements à madame Lucille Bourgeau épouse de Richard Ayers en vertu d’une résolution adoptée à une séance tenue le 31 octobre.  La Source par Lucille et Ida du C.A. comme témoins s’engagent à prendre la responsabilité des dettes qui représentent la somme de 40 000 $.  Je rends grâce au Seigneur pour cette démarche libératrice.  
Nous avions accueilli notre charte en action de grâces, comme un don de la Providence et une nouvelle étape dans notre cheminement.  Ainsi nous pourrons donner des reçus pour les impôts à nos bienfaiteurs.
La charte est préférable à un comité de régie, car il s’agit d’un projet domestique.  Nous devons nous réunir une fois par année pour l’assemblée générale et possiblement une autre fois pour une assemblée spéciale.  La signature des chèques peut être faite par une seule personne, mais nous choisissons deux signatures.  Il peut être important d’avoir un ou deux membres qui vivent à l’extérieur de La Source.  La question légale étant réglée, nous avons toute autonomie pour la question spirituelle et religieuse.  J’y reviendrai, mais il y a aussi la question canonique, et je dois tenir compte de mon engagement religieux. 



Ermi-Source

Deux semaines plus tard, j’achète un livre expliquant ce qu’il faut faire pour organiser une corporation à but non lucratif.  Je prête ce document à une compagne qui pense organiser une corporation appelée Ermi-Source.  Elle ne peut utiliser le nom La Source, elle choisit alors Ermi-Source.  Le coût de cette transaction est 20 $.  Nous étions heureuses de pouvoir lui rendre ce service.
Si une nouvelle forme de vie jaillit toujours d’une intuition, il serait faux de dire qu’elle prend très vite l’allure d’une évidence.  Elle prend forme, se développe lentement, franchit des obstacles à travers beaucoup d’obscurité, de ténèbres de souffrances.  Telle la petite graine dans la terre chaude du printemps meurt d’abord, puis s’élève peu à peu, attirée irrésistiblement vers le soleil de surface.  La lumière de l’Esprit, soleil de La Source s’ouvre à l’horizon.   Le divin Jardinier a jeté cette semence, alors elle s’abandonne totalement à Dieu, et Lui agit.  Que de fois j’ai vu l’Esprit à l’œuvre!  

 

Portrait de Recherche Nouvelle

Une question se pose pour nous. Où en sommes-nous à l’heure actuelle?  Des expériences se vivent ailleurs et nous voulons les connaître et savoir combien d’ermites, de projets nouveaux, de communautés nouvelles, au Québec et au Canada.  Gilles Bourdeau nous propose de faire une recherche par l’UCRC auprès des évêques et des communautés religieuses.  Les réponses arrivent et nous en faisons la compilation :  Pia s’occupe des ermites, Thérèse, les projets nouveaux et Lucette les nouvelles communautés.
 En commençant notre projet en 1976, nous nous inscrivions dans tout un mouvement de renouveau, il y avait beaucoup de changement depuis l’année 1970.  À la suite d’une enquête faite par l’UCRC auprès des diocèses et des communautés contemplatives nous pouvions nous situer comme nouvelle communauté, ou projet nouveau.  Cette enquête révèle 26 projets nouveaux, 29 maisons de prières et 20 ermites dont 6 hommes et 14 femmes.  À La Source, on insiste beaucoup plus sur les structures internes que sur les structures externes, ce que vivent les membres des Instituts séculiers.  À partir de notre projet nouveau irons-nous vers une communauté nouvelle?  
Mère Rolande m’annonce que je suis invitée à la session des moniales à l’UCRC sans doute par sœur Aline Eraly o.c.d.  Je ne comprends pas trop, car mon article ‘La femme dans l’Église et le statut de la moniale’, paru en juin 1974, avait causé la fermeture du bulletin de liaison entre les moniales.  
Je fus très bien accueillie et je réalisai que mon article rejoignait l’ensemble des moniales.  J’ai eu de très belles rencontres, moniales seules ou en groupe.  En peu d’années il s’était réalisé beaucoup de choses.  Gilles mentionne à l’assemblée ce qu’il voyait à La Source.  Il connaît 4 ou 6 filles qui viennent régulièrement pour profiter du climat de prière, d’intériorité aujourd’hui, elles sont 18, dit-il.  Il les connaît toutes, elles ont voulu du ressourcement et nous avons approfondies ensemble le chapitre XVII de Saint Jean, (la prière sacerdotale) et la troisième épître du même évangéliste.  Ces filles viennent de divers milieux, elles sont pour la plupart des femmes ayant vécues un certain temps dans les monastères ou d’autres filles qui sont en recherche vocationnelle. 
 Je suis invitée comme observatrice à la réunion des supérieures.  Je remarque leur questionnement qui ressemble aux nôtres, la langue française nous donne l’impression qu’il y a plus de mots, trop de mots dans l’office depuis que le concile a changé la traduction du latin au français.  Dans certains monastères comme à La Source, on permet aux sœurs un office personnel une journée par semaine.  
 Certaines filles ont pris connaissance de la possibilité d’avoir une Consécration des Vierges et elles en ont profité de même que certaines veuves, grâce à l’ouverture de monseigneur Charles Valois.  Seize personnes ont eu leur consécration.  Nous sommes présentement quelques personnes en groupement de fait à La Source, ce qui nous permet de fonctionner après plusieurs années.  Une des raisons qui m’ont amenée à La Source est le désir de travailler à promouvoir la vie consacrée, en cela je suis comblée. 
Ayant été invitée à la réunion annuelle des moniales, en 1977, celles-ci depuis ce temps, réfèrent certaines personnes à La Source qui pourraient être heureuses dans notre genre de vocation ou pour assurer un certain suivi, après leur expérience dans leur monastère.  En peu de temps nous avons accueillies plus de cinquante personnes, ayant vécu l’expérience de la clôture.  Quant aux veuves, le nombre est suffisant pour créer une communauté, ce qui aurait eu lieu au siècle dernier. La plupart du temps les congrégations religieuses commençaient ainsi par un groupe de femmes réunies pour un même apostolat.  Aujourd’hui la tendance à la communauté est moins grande compte tenu de la liberté des femmes à l’heure actuelle ce qui nous ramène aux sources de la vie religieuse.  Le regard prophétique du pape Paul VI a déjà donné de grands résultats et cela ne fait que commencer.  
Les personnes ont besoin de liberté et c’est un excellent chemin pour aller à Dieu, c’est pourquoi les consécrations individuelles se multiplient à l’heure actuelle.  Francine Carrière a vécu 7 ans à La Source et elle a toujours eu la certitude d’une vocation solitaire.  Elle a eu sa consécration en la chapelle de la Grotte le vendredi 7 octobre 1994 à 16,00 heures.  
Après avoir vécu une année à La Source. Francine a demandé et obtenu de monseigneur Charles Valois la consécration pour un an, selon la forme de vie ‘ad experimentum ‘des Filles de Sainte Claire par la formule 
suivante
Avec la grâce de Dieu, sous le regard de la Vierge Marie, de Claire et de François d’Assise, je m’engage par vœu pour un an, à observer le saint Évangile, en vivant dans la chasteté, dans la pauvreté et dans l’obéissance.  Chaque jour, poussée par l’Esprit, je veux offrir à Dieu louange et adoration et vivre la compassion et la miséricorde au cœur de l’Église. Je voudrais aussi m’engager pour un an à vivre cette mission à La Source dans la fraternité des Filles de Sainte Claire.  Cet engagement dont elle avait une copie fut remis à La Source et inscrit dans notre livre des inscriptions.  Les témoins de l’événement furent quelques amies et amis, le Père S, Perrault c.s.v. et Pierre Boucher o.f.m. comme témoins.  Le document fut signé par Monseigneur Charles Valois célébrant.

 
Chapitre 6 


Réflexion Canonique

Quelques années plus tard monseigneur Valois nous invitera à nous organiser en Association de fidèles.  Les nouvelles communautés devront devenir association privée, publique ou association reconnue.  Nous y travaillerons longtemps quand l’heure sera venue.
Fonder une association contemplative de fidèles m’interpelle beaucoup.  Cette association est déjà là avec quelques membres bien en vie.  L’Esprit nous guidera, à nous d’être dociles, association fraternelle de prière, d’adoration et de contemplation en union avec des personnes qui passent et passeront dans l’avenir.  Une structure très simple où chacun et chacune peut évoluer dans la liberté, selon son charisme propre.  L’avenir nous fera peut-être voir si notre rêve est utopique.  En attendant nous avançons avec confiance.
Je retire un extrait de la lettre annuelle que nous écrivions le 8 décembre 1978.  Le nombre de nos amis(es) a augmenté au cours de l’année, plus de 150 personnes sont venues boire à la même Source que nous.  Nous avons partagé la même prière, la même recherche, le même climat de simplicité, de fraternité et de solitude silencieuse.  Parmi ces frères et sœurs en Jésus-Christ nous avons eu la joie de reconnaître une trentaine de personnes qui portent le même idéal de vie contemplative mais le réalise au cœur du monde.  Une dizaine d’entre elles se sont réunies régulièrement à La Source, à tous les mois au cours de l’année pour un temps de ressourcement et de prière intense.  Chaque personne trouve un style de vie répondant à ses besoins, laissant beaucoup de place à l’adoration, la louange et la contemplation. 


Femmes Consacrées

Que pouvions-nous apporter à notre tradition monastique sans faire surgir des fondations nouvelles?  Celles-ci se multiplient aujourd’hui du moins chez les clarisses.  J’ai pu en visiter quelques-unes en France et il y en a aussi ailleurs.  Cette pensée est sous-jacente à l’expérience de La Source.  Il faudra du temps pour voir plus clair en tout cela.  
Nous sommes présentement quelques personnes en groupement de fait selon Mgr Valois, ce qui permet à La Source de fonctionner jour après jour.  Maintenant c’est l’ère des laïcs, dans le même Esprit, nous sommes à l’écoute des appels personnels qui restent axés sur la vie spirituelle et la promotion de l’intériorité.
La vie religieuse apostolique a aussi son cheminement, face à la sécularisation grandissante, un bon nombre de religieuses enseignantes pensaient orienter leur apostolat vers d’autres milieux et venaient faire leur discernement à La Source.  Un certain nombre cherchaient quelque chose de plus petit, plus près des gens d’où leur intérêt pour notre expérience.  À la fin de 1980 nous avions reçu plus de quatre-vingts religieuses de vingt-et-une communautés différentes et des membres de trois Instituts séculiers.  Des religieux de sept communautés sont venus pour des retraites et du ressourcement, aussi une dizaine de filles qui avaient quitté leur communauté et cherchaient comment servir dans le monde actuel.  Il est évident que ces chiffres parlent très forts dans une recherche de renouveau.  Souvent en discernement ils ou elles prenaient conscience qu’il s’agissait d’un approfondissement de leur foi et de leur vie intérieure plutôt qu’un changement de milieu ou d’apostolat.  Deux religieuses et une femme laïque se sont engagées dans une maison pour femmes violentées et quelques filles sont venues pour une recherche vocationnelle.  Le fait de vivre une expérience différente de type communautaire leur faisait voir où était la racine de leur appel, deux d’entre elles sont mariées maintenant, leurs amis sont venus les chercher à La Source, une est entrée en communauté mais elle en est ressortie, les autres sont engagées dans du bénévolat selon leur don personnel.   
 
Les consacrés 1978 - Réjeanne, Ida
(Terry Paquette) - 1978
 
Le voile tombe - 1980

 
 
Louise Bruneau - 1981
 
Autres participantes avec Gilles - 1981
 

Document Romain

Francine Carrière est présentement présidente d’un groupe de 55 consacrées au Québec.  Elle m’écrit pour me parler d’un nouveau document paru à Rome en juin, Ordo virginum et elle m’envoie une copie que je lis attentivement.
Je cite quelques versets tirés de l’introduction :  L’image de l’Église, Épouse du Christ, est présentée dans le Nouveau testament comme une icône efficace révélatrice de la nature intime des rapports que le Seigneur Jésus a voulu établir avec la communauté de ceux qui croient en Lui.
A partir des temps apostoliques cette expression du mystère de l’Église a trouvé une manifestation tout à fait particulière dans la vie de certaines femmes qui en correspondant au charisme suscité en elles par l’Esprit-Saint se sont dédiées au Seigneur Jésus par amour sponsal dans la virginité pour exprimer la fécondité spirituelle de la relation intime avec Lui et en offrir les fruits à l’Église et au monde.  Dans le contexte de la société païenne, ces formes de vie constituaient un signe évident de la nouveauté du christianisme et de sa capacité à répondre aux questions les plus profondes sur le sens de l’existence humaine,
Pendant les trois premiers siècles, les vierges consacrées qui ont subi le martyre pour rester fidèles au Seigneur ont été très nombreuses.  Par la suite et jusqu’à nos jours, la mémoire des vierges martyres est restée comme un vif rappel du don total de soi que la consécration virginale exige.
Dans le contexte de la société païenne, ces formes de vie constituaient un signe évident de la nouveauté du christianisme et de sa capacité à répondre aux questions les plus profondes sur le sens de l’existence, Par la suite et jusqu’à nos jours, la mémoire des vierges martyres est restée comme un vif rappel du don total de soi que la consécration virginale exige.
À partir du IVème siècle, l’entrée dans l’Ordre des vierges se réalisait par un rite liturgique solennel présidé par l’évêque diocésain.  Au sein de la communauté réunie pour la célébration eucharistique, la femme exprimait son ferme propos de demeurer dans la virginité tout au long de sa vie pour l’amour du Christ et l’Évêque prononçait la prière consécratoire.  Le symbolisme nuptial du rite était rendu particulièrement évident par l’imposition du voile à la vierge, geste qui correspondait à la relation accomplie lors de la célébration du mariage.
L’estime et la sollicitude pastorale accompagnant le chemin des vierges consacrées sont amplement attestées par la littérature patristique.  Réfléchissant sur les fondements théologiques de la consécration virginale, ils ont mis en lumière l’origine charismatique, sa motivation évangélique et son importance ecclésiale et sociale.  Ils ont également souligné la référence exemplaire de la Vierge Marie, ainsi que la valeur prophétique d’anticipation et d’attente vigilante de la pleine communion avec le Seigneur qui se réalisera seulement à son retour glorieux à la fin des temps.
Il serait trop long de raconter comment au fil des temps l’Église ait gardé cette consécration solennelle uniquement pour les moniales vivant en communauté.
Avec cette instruction on revient au premier temps de l’Église.  Les petites communautés, comme La Source, ont eu un rôle à jouer et nous nous en réjouissons de même que les centaines de communautés nouvelles qui donnent une plus grande place à la femme et leur projet pour cette rénovation.

Repos, recueillement et recherche de Dieu