J’ai vu L’esprit à l’oeuvre

Préface

J’aurais pu choisir comme titre de ce livre ‘Lucette au pays des merveilles’, pourtant ce fut une expérience très difficile au pays des merveilles ?  Toujours la présence de l’Esprit m’a accompagnée et je l’ai vue tant de fois à l’œuvre.  Bien sûr il avait fallu tout un cheminement personnel et en groupe dans la vie religieuse pour arriver à dire OUI à cet appel du Seigneur entrevu dès l’âge de 4 ans.  Lors d’un discernement communautaire chez les clarisses de Salaberry-de-Valleyfield, j’ai eu la surprise de constater que mes sœurs avaient perçues cela en moi.
Je voulais danser ma vie, forte de ma belle expérience de vie monastique.  En plus, il y avait la possibilité de vivre près d’une communauté franciscaine avec un soutien fraternel et spirituel.  L’endroit désigné se trouvait en pleine nature, une clôture en verdure remplaçait une clôture en béton, une sorte de jardin caché pour favoriser la solitude autant pour nous que pour nos hôtes.
La décision avait quand même été difficile à prendre à cause des vingt-trois années vécues au monastère.  Bien sûr j’étais en réflexion et j’avais rencontré le Frère Gille Bourdeau qui donnait une session sur la prière à notre monastère.  Ce fut l’étincelle pour lui et pour moi, à cause de son projet de réunir des priants et priantes sur ce magnifique lieu de La Grotte.  Quand je retourne dans le passé, je revois les étapes de ce cheminement.  
Gilles a pensé m’inviter comme animatrice à un projet de jeunes qui aurait lieu à l’été.  Il s’agissait pour moi d’obtenir la permission de notre Mère Rolande.  Je venais de vivre trente jours de solitude et j’avoue que j’avais plus besoin de silence que de vivre un camp spirituel, mais Mère Rolande me dit : « Il faut y aller, faire des projets en chambre donne peu de résultat ».  Ce fut ce projet pris comme une mise en route pour me donner l’élan.  Il fallait alors ouvrir La Source comme une expérience de prière silencieuse et contemplative.
Mon ami prêtre, Marcel Gareau, à qui je confiais mon désir de rencontrer la baronne de Hueck, fondatrice de Madonna House à Combermere en Ontario, m’invita à l’accompagner avec sa sœur et son beau-frère.  Ils iraient à l’été, le voyage durerait deux jours.  Ce voyage m’intéressait à condition que mère Rolande vienne aussi, car nous discernions ensemble elle et moi autour de ce projet.  En arrivant à Madonna House, malgré mon rendez-vous, madame Hueck était absente, elle avait dû quitter subitement pour une fondation possible à Régina.
C’est à ce moment que je rencontrai le prêtre, Paul Béchard que j’avais connu lorsque j’étais dans l’Action catholique.  Mère Rolande lui a demandé s’il accepterait de m’accompagner spirituellement et il a accepté.  Au retour Marcel nous a fait la surprise d’arrêter à Lachute, ce qui nous a permis de voir le terrain choisi pour notre communauté féminine.
J’ai espéré garder mon statut canonique pendant cinq ans, car je savais qu’il y avait en France des Clarisses qui vivaient des expériences nouvelles en gardant leur statut canonique : le Rameau de Sion, la Fraternité de Riez et Claire Joie.  Ces communautés nouvelles étaient en attente d’un statut spécial, le temps était aux expériences.  J’avais l’appui de monseigneur Charles Valois notre évêque de St-Jérôme et de monseigneur Robert Lebel de Salaberry-de-Valleyfield, de ma communauté et de sœur Rolande Lamarre, notre Abbesse, pour cette expérience.
Le projet de Gilles Bourdeau et ses frères était d’organiser un lieu ou un réseau de priants comprenant une fraternité masculine, une fraternité féminine, des ermites et éventuellement des couples.
Il fallait du temps pour bien préparer ce réseau et Gilles a réuni quelques-uns de ses anciens élèves en qui il avait discerné un intérêt pour les questions sociales et religieuses.  Ce projet sera la ‘Fête des Tentes’ avec un voyage exploratoire aux États-Unis pour mieux connaître les communautés nouvelles qui surgissent un peu partout.  Nous voulions prendre contact avec les responsables de ces communautés de tout genre : Monastère de bénédictins, WMCA à New York, Ashram hindou et Camp de Jeunesse à Philadelphie.
J’apprendrai plus tard l’influence de ces nouvelles communautés sur le concile et sur la vie religieuse en général, tant il est vrai que l’Esprit travaille actuellement en Église et apparemment hors de l’Église.  Deux mois après la publication de mon volume ‘Un souffle d’espérance’, je reçue une lettre de Giancarlo Rocca de la curie romaine m’invitant à correspondre avec lui au sujet des nouvelles communautés dans l’Église en particulier celles inscrites dans mon livre.  Elles étaient passées de 357 avant le Concile à 1777 à la fin du concile et il souhaitait que je l’aide à chercher ces communautés.
Le document, paru en juin 2019, donne la possibilité de consacrer des femmes ermites et ouvre une porte nouvelle dans l’Église pour ce genre de vocation.
Voici les débuts de cette merveilleuse aventure sur le terrain de nos frères le 24 avril 1976.  Lors d’une réunion préparatoire au camp spirituel de la ‘Fête des Tentes’, nous cherchons un endroit pour installer un ermitage, car je serai responsable d’initier au silence et à la prière solitaire.  Je suis allée faire une excursion dans le bois avec le frère Ralph o.f.m., Alain M., novice franciscain et Marie-France B. animatrice de la ‘Fête des Tentes’ afin de trouver cet emplacement.  J’ai voulu boire à une source et je suis tombée à l’eau, ce fut mon baptême en ce lieu.  J’ai dû faire sécher ma robe et le frère Ralph m’a prêté sa bure pour que je puisse aller à la réunion.  Une année plus tard, il y avait tout près, une maison appelée La Source, source de multiples taquineries par la suite.
J’avais besoin d’une compagne pour vivre cette aventure que j’espérais communautaire.  Qui accepterait de vivre au pays des merveilles, un pays pas toujours merveilleux?  Je vous présente ma future compagne, sœur Jacqueline Savard, sœur de la Miséricorde, intervenue dans ma vie de façon providentielle.  Elle se sentait fortement appelée à une expérience de vie en milieu monastique à la suite d’un article que j’avais écrit dans ‘La Vie des Communautés Religieuses’ (La Vie Contemplative et le Statut de la Moniale, parue en 1974).  Jacqueline souhaitait vivre une année dans le monastère de Salaberry-de-Valleyfield.  Elle espérait une réponse positive de la Mère abbesse de mon monastère.  Celle-ci, sœur Rolande, sachant ce que je vivais, avait cru sage de lui accorder une entrevue.  Mais entre-temps, sœur Jacqueline s’est rendue chez les Petites sœurs de Bethléem en France.  Après une dizaine de mois elle reprit contact avec sœur Rolande qui accepte un rendez-vous avec elle à Salaberry-de-Valleyfield.  Sœur Rolande permet que je la rencontre le dimanche suivant.
À son retour de France, sœur Jacqueline apprend que je suis à Lachute pour une réunion préparatoire à un camp spirituel de jeunes.  Surprise, elle m’attendra à Montréal.  Lors de mon retour de Lachute, nous reviendrons ensemble à Salaberry-de-Valleyfield.  Ce fut un premier contact très positif et le début de plusieurs rencontres chez les Sœurs de la Miséricorde de Montréal, avec la présence de Gilles Bourdeau o.f.m. qui était au courant de plusieurs nouvelles communautés, à partir d’une enquête faite par l’UCRC (Union canadienne des Religieuses Contemplatives).  Jacqueline souhaitait rencontrer Gilles et nous présenter les responsables de sa communauté.  Celles-ci lui permettent d’explorer avec nous un projet de ressourcement contemplatif.  Nous projetions deux pôles, notre vision de Dieu et notre vie fraternelle.  Jacqueline fut pour moi une sœur dans l’aujourd’hui de Dieu.  Elle avait déjà ouvert trois maisons, elle pouvait relever ce défi.  Telle une abeille vigilante, elle cherchera une maison, verra à l’installation de cette maison, ses fondations, l’environnement, le puits, la fosse septique, le chemin, l’électricité et le téléphone.  Il fallait voir à l’installation, ensuite la mise en route : le partage du quotidien, l’accueil, le budget, et les achats, chacune faisant sa part de responsabilité.

Repos, recueillement et recherche de Dieu